Bas les Masques – Arts et Culture

Le Snéad-CGT est signataire de l’appel unitaire « Bas les Masques – Arts et Culture ».

Ce texte écrit collectivement par des travailleur·ses des arts, du spectacle vivant et de l’audiovisuel, des artistes-auteur·es, des plasticien·nes, des designer·euses, des étudiant·es et des enseignant·es en art, des militant·es, est un appel à la mobilisation massive de nos secteurs de la culture et des arts dans la bataille générale. Nous soutenons et reprenons ainsi l’appel lancé par les soignant·es « Bas les Masques » : organisons-nous pour construire un grand mouvement populaire, en lutte pour une réelle démocratie et une véritable justice sociale, économique et écologique.

Signez l’appel : http://www.blm-artsetculture.fr/

Le Snéad-CGT s’associe à un groupe unitaire de travailleurs·euses précaires des arts et de la culture

Le Snéad-CGT s’est joint début mai à une réflexion collective sur le statut social des travailleurs·euses précaires du milieu artistique et culturel. Suite à la crise sanitaire sans précédent qui met nombre de personnes dans des situations d’urgence sociale, et avec l’année « blanche » à venir, comment vont faire les étudiant·es, artistes-auteurs·rices et tou·te·s les précaires qui sont censé·es faire briller la France culturellement quoiqu’il leur en coûte, en crevant la dalle dans leur coin ? (cf. notre Appel commun avec le Syndicat National des Artistes Plasticiens du 23 janvier 2020

Ce groupe unitaire auquel nous nous sommes associés réunit des associations, des collectifs, des coordinations nationales et régionales, des organisations syndicales : coordinations d’intermittents du spectacle, des Gilets Jaunes, des militants d’Art en Grève, de Culture en Lutte, le collectif Formes de Lutte, des syndicats des professionnel·les de la culture CGT, SUD, FO, des associations féministes/LGBTQI+… 

Nous pensons que l’ensemble de la fonction publique est menacée au nom des économies publiques, au détriment des plus fragiles et en précarisant des agents qui parfois eux-aussi précaires. Notre syndicat doit donc voir au-delà des portes des écoles. Il attend de ces dernières qu’elles s’ouvrent davantage au monde et participent à ses mutations profondes. Nos enseignant·es, assistant·es d’enseignement, technicien·nes d’art, sont le plus souvent des artistes-plasticien·nes, designers·euses déjà précarisé·es en l’absence de statut social. Nous craignons pour elleux que la crise sanitaire du Covid ne remette en question nombre de postes et de contrats. Nous ne pouvons qu’œuvrer pour que chaque travailleur·euse de l’art et du design bénéficie d’une façon ou d’une autre d’un véritable statut social et d’un revenu pour son travail de création.

De même, sans parler en leur nom, nous soutenons les étudiant·es engagés dans des études compromises par des conditions de subsistance de plus en plus difficiles et qui s’inquiètent plus que jamais pour leur avenir — avenir qui est parfois d’intervenir dans nos écoles d’art et de design, sous bien des formes. Mais à quoi tiennent nos missions de formation s’il s’agit diplômer des professionnel·les qui ne trouvent rien à la sortie ? La boucle est bouclée !

Le projet est donc de trouver des solutions immédiates qui répondent à l’urgence sociale de façon bien plus radicale que les quelques annonces vagues et contestables du président (cf. déclarations de l’Élysée du 6 mai) et qui seraient aussi la base d’une réflexion pérenne sur le statut social des travailleurs·euses de l’art et de la culture.

Les vacataires premières victimes de la crise sanitaire : l’exemple des modèles

Alertés par le SNPEFP-CGT (syndicat l’enseignement privé) et la FERC, notre Fédération, Nous reproduisons ci-dessous la lettre du député André Chassaigne au ministre de la Culture au sujet des modèles employés dans les écoles d’art publiques ou privées, supérieures ou non, les classes préparatoires ou les MJC et victimes, comme d’autres vacataires (étudiants moniteurs, enseignants ponctuels,…), du non-paiement de leurs heures programmées.

Modèle 1

Modèles 2

Le député André Chassaigne a d′autant plus raison d′alerter le Ministre sur le sort des modèles que ceux-ci relèvent d′une catégorie souvent oubliée et au statut particulièrement précaire. Ils comptent parmi les vacataires qu′un établissement public a le droit de recruter puisqu′ils exercent de façon discontinue et sans répétition (d′année en année). Du moins le suppose-t-on. Alors qu′ils avaient autrefois une réelle place dans les écoles, les modèles ont tendance à disparaître à mesure que la part du dessin se réduit dans l′enseignement supérieur.
Qu’ils travaillent pour le privé ou le public, les ateliers pour amateurs, les écoles supérieures, les classes préparatoires ou les MJCs, les modèles ont été traités avec le dernier des mépris à l′occasion de la crise sanitaire, la plupart des établissements n′ayant pas jugé bon de payer leurs heures programmées…
On imagine les conséquences de cette brutale perte de revenus lorsque l′on vit avec un budget réduit. *
Comme le signale le député, certains ont imaginé de faire « télétravailler » les modèles en leur demandant de poser devant leur webcam. Le fait que leur image puisse être copiée et se trouver diffusée sans leur consentement, ne semble pas effleuré ces employeurs. Cette solution scandaleuse ne pouvait qu’engendrer des refus.

Mais puisque le statut de vacataire met les modèles totalement à la merci de l′employeur, c′est aux syndicats qu′il incombe d′intervenir.
C′est pourquoi, au sein de la Fédération de l′Enseignement, de la Recherche et de la Culture de la CGT, le SNEAD rejoint les autres syndicats CGT concernés (écoles nationales, enseignement privé, etc…) auprès des modèles qui revendiquent la reconnaissance de leur statut et le paiement de leurs heures programmées.

 

* Il faudrait à ce sujet répertorier le nombre de vacataires (enseignants vacataires, étudiants moniteurs, modèles, entre autres) qui ont vu leurs heures purement et simplement annulées du début du confinement jusqu′à la fin de l′année scolaire, parfaite expression de l′indifférence portée au sort de ces travailleurs interchangeables

Lettre ouverte aux directeurs des écoles supérieures d’art

Lettre ouverte à l’attention de
Mesdames et Messieurs les présidentes et présidents des écoles supérieures d’art territoriales,
Mesdames et Messieurs les directrices et directeurs,
en copie aux ministères de tutelle

Mesdames, messieurs,

Six semaines après le début du confinement décrété par le président de la République suite à la pandémie du Covid-19,  la situation reste évidemment grave en matière de santé publique, elle l’est tout autant en matière de démocratie interne et de respect des conditions de travail dans nos écoles supérieures d’art territoriales. C’est pourquoi nous vous faisons parvenir ce courrier d’alerte.

La plupart de nos établissements ont beaucoup trop tardé à s’emparer de la question de la prévention au cours des semaines précédant le confinement. Dans les universités françaises et certaines écoles d’art nationales, la question a été abordée dès le mois de janvier, parfois même plus tôt. Les mesures ont été prises et communiquées auprès des agents et du public au plus tard début février. Dans nos écoles, cela s’est fait dans le meilleur des cas à partir de la fin février, souvent suite à des interpellations d’élu·es du personnel et non sans certaines résistances parfois, en minimisant notamment la gravité de la situation. Malheureusement les mesures de prévention alors décidées n’ont pas été discutées dans le cadre des CHSCT comme la législation l’impose dans n’importe quel établissement public.

Le jeudi 12 mars le président de la République annonçait que les écoles et établissements de l’enseignement supérieur seraient fermés jusqu’à nouvel ordre à compter du lundi 16 mars. Le lendemain, le confinement entrait en vigueur. Cela engageait logiquement une réflexion à la fois sur les conditions de travail nouvelles — télétravail pour l’ensemble du personnel administratif, technique et enseignant —, sur les moyens techniques à mettre à disposition des agents dans ce contexte, sur les outils, les méthodes de communication, les missions… mais également sur les conditions d’hygiène et de sécurité de ce travail à domicile, dans une situation de crise sanitaire sans précédent, selon le contexte socio-économique de chacun·e, son état de santé, le stress généré par le confinement et le bouleversement de l’organisation des services. Combien d’écoles d’art territoriales ont eu l’idée de convoquer des CT-CHSCT pour en discuter collégialement, dans le respect des statuts des EPCC ? Chaque décision pédagogique (continuité, concours d’entrée, examens, concours…) engage concrètement l’ensemble du personnel. Certain·es présidences et directions ont même refusé à des élu·es du personnel la tenue d’un CT-CHSCT extraordinaire prétextant qu’il n’y avait pas de situation d’urgence absolue dans leur établissement due à la pandémie.

Le 13 avril dernier, l’Élysée nous apprenait que les établissements d’enseignement supérieur ne ré-ouvriraient pas leurs portes avant la rentrée prochaine. S’en est suivi une communication interministérielle datée du 18 avril pour évoquer les préconisations concernant l’adaptation des admissions, diplômes et concours. Cette note insiste à différentes reprises sur l’ordonnance n°2020-347 du 27 mars 2020 et la nécessité de solliciter les instances représentatives des personnels. Or à ce jour, les élu·es du personnel sont trop peu associé·es à ces réflexions alors même que certains établissements envisagent des formes de soutenances sur site en juillet et qu’évidemment toutes doivent prévoir les modalités d’accueil sécurisés du personnel et du public à la rentrée de septembre. Nous déplorons que ce problème récurrent au niveau local ne soit que le reflet concret de pratiques généralisées des employeurs au plus haut niveau de l’État, puisque la création d’une « commission Covid » entre le Ministère de la Culture et l’Andéa s’est faite en excluant de fait les organisations syndicales représentant les personnels.

Depuis que nos écoles supérieures d’art territoriales sont devenues des EPCC les instances représentatives des personnels, quand elles existent (tous les EPCC n’ont pas encore de règlements intérieurs et parfois seuls les CT sont installés) fonctionnent mal et ne jouent pas pleinement leur rôle malgré les décrets qui les encadrent. Au nom de l’autonomie de nos établissements, les personnels sont coupés de leur tutelle pédagogique (le ministère de la Culture) au niveau de l’État, tout comme des Centres de Gestion et de l’inspection du travail au niveau territorial. Les contrôles de légalité des préfectures sont aux abonnés absents. Il n’existe donc plus d’arbitrage garantissant les bonnes pratiques de gouvernance et de démocratie interne d’un établissement public.

Aussi, nous exigeons que soient consultés dans les plus brefs délais les CT et CHSCT de chacun de vos établissements dans le respect des décrets qui encadrent leur fonctionnement et ceci en présence obligatoire des acteurs de la prévention, tels que le médecin de prévention, l’agent de prévention et l’agent chargé de la fonction d’inspection en santé et sécurité au travail. En cas de manquement, il sera impossible au personnel, quel qu’il soit, ou au public, de pouvoir accéder au site et les élu·es du personnel seront en mesure de saisir la préfecture, voire le tribunal administratif.

Ce courrier a vocation à vous faire prendre la mesure de notre inquiétude légitime, à éviter aux personnels et au public leur mise en danger mais aussi à vous éviter également toute mise en cause de vos responsabilités pénales.

Parce que nous croyons au dialogue social, nous n’aurons de cesse de demander le respect de la consultation des instances et l’aménagement des statuts des EPCC en fonction de leurs missions d’enseignement supérieur pour une plus grande collégialité et considération des différent·es acteurs·rices de la communauté des écoles d’art.

Nous vous remercions par avance de prendre la mesure de notre alerte et les meilleures dispositions pour œuvrer ensemble au déconfinement qui nous attend et qui nous engage toutes et tous.

Veuillez accepter, Mesdames et Messieurs les présidentes et présidents des écoles supérieures d’art territoriales, Mesdames et Messieurs les directrices et directeurs, nos salutations distinguées.

 

SNÉAD-CGT                                                      SUD

17, Cours Cafarelli                                         70, rue Philippe de Girard

14000 Caen                                                      75018  Paris

Étudiant·es en écoles d’art : pendant le confinement, toujours plus de précarité

Les premières personnes à pâtir des conséquences de l’épidémie de Covid-19 dans les écoles supérieures d’art et design sont, ne l’oublions pas, les étudiant·es. Outre les perturbations pédagogiques évidentes causées par la fermeture des établissements — que le télé-enseignement ne peut parfaitement palier — la communauté étudiante fait face aux nombreuses difficultés accrues des classes sociales les plus précaires. Si les situations sont hétéroclites, beaucoup sont confiné·es dans des habitats exigus et isolé·es socialement, et moins bien connecté·es à Internet qu’on ne l’imagine. Surtout, beaucoup sont dans une grande précarité économique alors qu’ils ou elles ont perdu des emplois qui leur étaient nécessaires pour financer leur quotidien pendant leurs études.

Face à ces difficultés, les Crous temporisent, ne semblant pas suffisamment prendre la mesure du problème (ou ne voulant pas le faire). Localement, dans certains établissements, des mesures de soutien exceptionnel ont été mises en place, grâce à l’argent de voyages pédagogiques ou d’interventions annulées, en mobilisant les cotisations Cvec (Contribution vie étudiante et de campus) versées par les étudiant·es lors de leur inscription, ou encore en créant des cagnottes solidaires et participatives.

Toutes ces initiatives sont à saluer, toutefois, elles n’exemptent pas l’État et les collectivités territoriales, qui sont les tutelles des écoles d’art, de prendre leur responsabilité.
L’État a beau jeu de renvoyer à l’autonomie juridique des établissements pour se dédouaner une fois de plus de toute responsabilité, et les collectivités (généralement des municipalités) semblent peu se préoccuper des écoles d’art dans un contexte de prolongement provisoire des mandats électoraux pour cause d’élections municipales reportées jusqu’à nouvel ordre.

Il serait pourtant fondamental que des fonds exceptionnels soient alloués de toute urgence aux établissements pour que ceux-ci puissent venir directement en aide aux étudiant·es les plus précaires, mais aussi pour pouvoir soutenir tou·te·s ceux et celles qui doivent engager des dépenses inédites pour poursuivre leurs activités dans des conditions de privation d’accès aux ateliers et au matériel qui leur permet habituellement de travailler.

Il n’y a pas de hasard

Le hasard fait mal les choses. Coup sur coup, deux publications viennent se heurter en ces temps de crise sanitaire. Un communiqué de l’Andéa, tout d’abord, en ce qui concerne les écoles supérieures d’art, un dossier de Libération ensuite en ce qui concerne le pays tout entier. Les deux points de vue se percutent radicalement.

Que titre Libération ? « Dialogue social – pressions sur les salariés, entorses au code du travail, élus du personnel court-circuités : des entreprises profitent de l’état d’urgence sanitaire pour bafouer les droits des salariés ». L’éditorial de Laurent Joffrin développe : « L’urgence a parfois bon dos. Dans les conditions baroques imposées par le confinement d’une grande partie de la population, l’éparpillement des salariés en télétravail et les difficultés de communication compliquent singulièrement le fonctionnement social des entreprises. (…) Notre enquête montre qu’une partie des dirigeants d’entreprise ont saisi l’occasion du choc sanitaire pour court-circuiter les représentants des salariés, (…) ou encore pour s’affranchir de certaines règles du code du travail ». Dans l’article qui suit, on peut lire, issu de la bouche d’un secrétaire national de la FSU territoriale : « Pour beaucoup d’employeurs (territoriaux), le dialogue social et la démocratie sociale sont une espèce de cerise sur le gâteau, quand on a le temps.(…) Dès lors qu’on n’est pas en capacité d’agir, qu’il n’y a pas la menace de la grève, l’employeur arrête tout. »

La ministre du travail se fait sérieusement décrier par des syndicats qui la voient plutôt comme la ministre du CAC40 que du travail. La crise entre elle et les inspecteurs du travail, dont l’indépendance est pourtant garantie, a atteint un niveau inquiétant.

Ces constats sont ceux que le Snéad-CGT fait au sujet des écoles supérieures d’art et publie depuis plusieurs semaines sur ce blog. Élus du personnel ignorés, instances non consultées en dépit de la stricte obligation de le faire, menaces de non-renouvellement de contrats, les directions s’affranchissent de la législation sociale sous couvert d’urgence.

L’urgence, les agents des écoles d’art la connaissent depuis le début de la Réforme : urgence de la mise en place des EPCC, urgence de la mise en place des instances internes, urgence des réformes du RIFSEEP et du PPCR, urgences budgétaires pour justifier les non-remplacements lors de départs en retraite ou les fin de contrats,… Mais simultanément : retards dans la mise en place des conseils scientifiques ou des CHSCT, négligences dans la tenue des fiches de poste, négligences dans la tenue des dossiers administratifs, oublis dans la communication aux instances des Centres de Gestion et, en cette période de crise, mise à l’écart des Comités Techniques et des CHSCT dans beaucoup trop d’écoles. Il y a bien entendu des contre-exemples mais ce qui est décrit par Libération au sujet des entreprises privées, des collectivités locales et de la tutelle ministérielle s’applique si bien au patchwork des écoles supérieures d’art qu’il est temps de poser des limites. Lorsque les directions d’établissement s’affranchissent de toute consultation des CT et CHSCT et qu’elles font approuver leurs décisions par les Conseils d’administration certaines de celles-ci pourraient se voir frapper d’irrégularité voire d’illégalité. C’est pourquoi nous appelons à déposer si nécessaire des recours en contrôle de légalité auprès des préfectures.



Le communiqué de l’Andéa du 22 avril au sujet des notes et des diplômes, donc de la fin d’année scolaire, ressemble à un discours ministériel. Après avoir constaté qu’ « il apparaît impossible qu’ils [les diplômes] puissent être soutenus dans les conditions habituelles ou suivant les calendriers initialement prévus », le texte pose le principe d’autonomie des établissements, rappelé par le Ministère de l’Enseignement supérieur puis par celui de la Culture, et stipule que c’est donc « d’après l’ordonnance du 27 mars 2020, aux directeur·rices d’établissements, après avis des instances des écoles, qu’il revient de préciser les modalités d’adaptation des diplômes. Ainsi les commissions de la recherche, de la pédagogie et de la vie étudiante devront-elles envisager les modalités de ces diplômes sur un plan pédagogique, tandis qu’il reviendra aux comités techniques et aux commissions d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail d’en évaluer les risques liés aux conditions sanitaires et aux conditions de travail. » Pour une fois on applaudirait si le communiqué n’était pas daté du 22 avril, soit plus d’un mois après de début du confinement et si la moitié des mesures préconisées avait été respectée dans la majorité des écoles !
 Certes, si le communiqué ne dit pas grand-chose d’autre et ne propose aucune cohérence globale, il a le mérite d’évoquer la situation matérielle des étudiants et de se conclure sur un modeste élan d’enthousiasme  : « Dès que nous aurons pu avancer dans l’organisation des diplômes puis de la reprise progressive, et aménagée, de nos établissements, nous saurons nous mettre en mouvement et contribuer aux dynamiques de transition. »

Dynamiques de transition, seulement ? Pour reprendre comme avant, avec des conflits s’enchaînant d’une école à une autre ? Avec une pédagogie cinquantenaire et largement dénaturée ? Et les étudiants, pendant tout ce temps ? La précarité, les petits boulots, les loyers, se nourrir chaque jour ?



La crise sanitaire est l’occasion de refonder la pédagogie et le fonctionnement des écoles d’art sur une base de réelle démocratie, d’autonomie des étudiants et d’abolition de ce que l’on appelle ailleurs le mandarinat. Le Snéad militera en ce sens.

Confinement : les diplômes, les concours, d’entrée, le bazar

L’épidémie a créé une situation de crise inédite. Dans les écoles d’art, l’agitation et l’improvisation règnent. Le ministère ont donné libre cours à l’inventivité des directions, bref, les écoles supérieures d’art partent en ordre dispersé sur le front du coronavirus, la plupart modifiant leur organisation de travail sans se donner la peine de consulter les instances paritaires ou modifiant leurs dates de diplômes ou leur  mode sélection sans toujours consulter les CPVE. Les personnels sont contraints au travail à distance sans que les employeurs assument leurs responsabilités minimales. Les obligations sanitaires sont négligées. Ce champ de foire est indigne des ambitions d’un enseignement artistique supérieur.

Pour information nous donnons ici les prévisions concernant l’organisation des diplômes dans les écoles supérieures d’art territoriales. Le tableau sera mis à jour en fonction des informations. Y figure également la consultation ou non des instances paritaires, pourtant obligatoire avant toute transformation de l’organisation du travail et du fonctionnement des services.

Légende :

c.c. = Contrôle Continu, les appréciations de l’année sont prises en compte pour attribuer les crédits de l’année. / CE = concours d’entrée / Com eq. = Commission d’équivalence / Démat. ou Virt.= à distance / s6 = semestre 6 / 1,2,4 = 1ère, 2ème et 4èmes années, sans diplôme.

Tableau a2

Tableau b2Tableau c

Ce tableau est complété au fur et à mesure des informations reçues.

 

Les écoles d’art à l’épreuve du confinement

Nous signalons un article de Magali Lesauvage dans le Quotidien de l’art du 16 avril 2020, au sujet des écoles supérieures d’art dans le contexte de l’épidémie de Covid-19. Merci à elle d’y avoir interrogé et cité un membre du Snéad.

Epidémie : la concertation maltraitée

Dans les conditions actuelles d′épidémie, nous avons cru comprendre que le Ministère de la Culture et l′Andéa se retrouvaient au sein d′une « commission Covid » en l′absence, donc, des organisations syndicales. Nous déplorons ce tête-à-tête qui perdure depuis trop longtemps et a déjà fortement freiné la revalorisation des enseignants. Rien de crédible ne pourra émaner de discussions dont sont exclus les organisations ou syndicats des personnels.

Ce qui se passe au niveau national se reproduit hélas à l’échelon local. Ainsi, dans la plupart des écoles, lorsqu′il a fallu mettre en place le télétravail, imaginer un Plan de continuation de l′Activité et ré-organiser le fonctionnement des services, l′absence de consultation préalable des Comités Techniques et des CHSCT a tenu encore une fois les personnels à l′écart alors que leurs organisations étaient en mesure de faire des suggestions et en droit de poser des questions.

Cette absence de consultation est une violation de l′article 33 de la Loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 qui établi que « Les comités sociaux territoriaux connaissent des questions relatives : 1° à l′organisation, au fonctionnement des services et aux évolutions des administrations » puis : « 7° à la protection de la santé physique et mentale, à l’hygiène, à la sécurité des agents dans leur travail, à l’organisation du travail, au télétravail, aux enjeux liés à la déconnexion et aux dispositifs de régulation de l’utilisation des outils numériques, à l’amélioration des conditions de travail et aux prescriptions légales afférentes ».

Sur la même lancée, certaines directions imposent maintenant des jours de congés ou de RTT pendant le confinement toujours sans la moindre consultation des CT.

La précipitation conduit aujourd′hui encore à bousculer les règles légales au détriment des agents. Le décret n° 2016-151 précise pourtant bien que « Les agents exerçant leurs fonctions en télétravail bénéficient des mêmes droits et obligations que les agents exerçant sur leur lieu d’affectation.
L’employeur prend en charge les coûts découlant directement de l’exercice des fonctions en télétravail, notamment le coût des matériels, logiciels, abonnements, communications et outils ainsi que de la maintenance de ceux-ci. »

Selon les textes, les employeurs sont contraints :

– de mettre à disposition de chaque agent télétravailleur un poste de travail configuré afin de garantir la sécurité informatique ;

– de s’être assuré que l’agent dispose à son domicile « d’un espace de travail permettant l’usage d’équipements destinés aux échanges téléphoniques et à la transmission et la réception de données numériques compatibles avec l’activité professionnelle » et répondant aux règles de sécurité électrique ;

– de s’être assuré que l’agent a bien bénéficié d’une formation « sur les équipements mis à sa disposition et sur les caractéristiques de ce mode d’organisation du travail en tant que de besoin ». avant de demander à un agent de télétravailler.

Cela a-t-il été le cas dans les écoles d′art ? Non. Actuellement donc, tous les agents en télétravail travaillent à leurs frais, ce qui est proprement scandaleux.

Mais l′actuelle confusion qui règnent en ce moment dans le patchwork des écoles d′art est en passe de faire de nouvelles victimes : les étudiants qui, en l′état actuel, n′ont plus aucune visibilité sur leur avenir. Si les diplômes sont reportés, où pourront-ils s′inscrire l′an prochain pour changer d′école ? poursuivre leur cursus lorsque l′école ne propose pas de 2ème cycle ? s′engager dans un autre cursus à l′université ou ailleurs, etc. ? Leur faudra-t-il payer un loyer tout l′été là où ils sont alors qu′ils doivent changer d′école en septembre-octobre ?

D′autres questions se posent, notamment au sujet des concours d′entrée à distance : Quelle équité garantissent-ils entre des candidats d′origines différentes, aux moyens financiers et techniques différents, bénéficiant d′entourages différents ? Des jurys de concours d′entrée réduits à deux enseignants, en contradiction avec les textes légaux, sont-ils juridiquement attaquables ? Quelle valeur ont une sélection d′images de travaux par rapport aux originaux, parfois pléthoriques, présentés à un jury ?

Il est donc plus qu′urgent que le Ministère de la Culture assume ses responsabilités et propose des lignes directrices pour harmoniser les décisions des écoles d′art ou pour les rendre compatibles entre elles en cette période de crise, à commencer par les diplômes, en ayant préalablement et urgemment consulté les organisations syndicales représentant les personnels ainsi que des représentants étudiants.