Besançon

Il aura fallu le scandale de l’école d’art de Besançon, largement relayé par la presse, pour qu’explose ce qui couvait depuis plusieurs mois voire plusieurs années.

Ceux qui d’ordinaire, tous échelons confondus, se taisent sur les crises qui se succèdent à un rythme soutenu dans les écoles d’art, ceux qui ferment délicatement les yeux sur les abus de management, la précarisation massive, les fins de contrats abusives, le recours illégal aux vacations avec abus de Pôle Emploi à la clef, les recrutements biaisés, tous ceux-là découvrent une cause qu’ils ont bien raison de porter sur la place publique. Mais peut-on sérieusement prétendre s’engager pour cette cause tout en se refusant à remettre en question les structures hiérarchiques de nos établissements, leur soi-disant autonomie, la verticalité du pouvoir qui y règne, le non-respect des procédures légales qui est monnaie courante, et surtout, sans questionner la pédagogie.

Le Snéad a alerté et fait ses propositions dès le 19 février 2020, dans un communiqué intitulé : « Lutte contre le sexisme dans les écoles d’art et design : l’engagement du Snéad »

Le Snéad réclamait alors :

– La mise en place d’actions de sensibilisation (réunions, stages, formations) auprès de l’ensemble des personnels et des étudiant·es (…)

– La mise en place et en conformité des CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) dans nos établissements, ce qui n’est pas encore partout le cas en dépit de la législation. 

– La mise en place dans tous les établissements de cellules d’écoute indépendantes, composées de professionnel·les formé·es (psychologues, médecine préventive, assistantes sociales, etc.) et missionn·ées pour intervenir dans les établissements, mais ne faisant pas partie de leur personnel permanent pour éviter tous conflits d’intérêts et accessibles à l’ensemble des étudiant·es et du personnel afin de recueillir dans un cadre adéquat la parole des personnes victimes de sexisme ou témoins d’agissements sexistes, et de les accompagner, le cas échant, dans les démarches pouvant être engagées suite à de tels actes.

– La mise en place de réflexions au sein des Conseils des études et de la vie étudiante sur la déontologie enseignante

– (…) des actions de formation du personnel enseignant, traitant notamment des comportements professionnels à adopter à l’égard des étudiant·es.(…)

– La prise en charge immédiate des cas de suspicion d’actes inappropriés voire répréhensibles, à la fois pour éviter que des victimes ne restent indéfiniment exposées aux comportements dont elles pâtissent et dont elles souffrent, et pour éviter réciproquement que ne soit diffamées des personnes accusées de faits non avérés.

– Simultanément le Snéad s’engageait à accompagner les membres du personnel pouvant être victimes de discriminations genrées.

Rien n’a été engagé en ce sens, la réglementation de la fonction publique territoriale et celle, surtout, des EPCC, conduisant les directions des écoles à se satisfaire de procédures opaques et inefficaces. C’est pourquoi nous demandons, encore une fois, à ce que nos recommandations soient prises en compte et mises en oeuvre en lieu et place de grandes proclamations.

C’est pourquoi nous réclamons également une gestion démocratique des écoles où les personnels et les étudiants aient une voix au moins égale à celle des employeurs et où les responsabilités soient électives. Dès lors la parole ne sera plus à la merci de telle ou telle sujétion.

Enfin, d’une manière ou d’une autre, il faudra bien remettre en question une pédagogie qui, ne serait-ce que par les rapports qu’elle institue entre enseignants et enseignés, laisse advenir des comportements inacceptables. La pédagogie en vigueur depuis la période 1973-1988, modulée par la réforme LMD, est à bout de souffle, ses meilleures intentions ayant été largement perverties.

Sur tous ces points le Snéad s’engage à lancer le débat.

Avignon : l’ultimatum

Comme nous l’annoncions fin juin dans ce blog, l’école supérieure d’art d’Avignon se trouve mise au pied du mur. Parvenue fin juillet, une notification de la DGCA s’appuyant sur les débats du CNESERAC enjoint la direction de l’école de fournir avant le 15 janvier 2021 des éléments de réponses sur trois points principaux :

  • le projet pédagogique, jugé jusqu’alors illisible et peu concret
  • la gouvernance qui ne semble pas correspondre aux attentes des enseignants ni des étudiants
  • les financements dont la pérénnité (sic) ne paraît pas assurée (rappelons à ce sujet que l’inspection s’était alarmée de la transfusion des lignes d’investissement vers les lignes fonctionnement de l’école).

Les accréditations de l’école pour ses diplômes sont en jeu.

Les enseignants de l’école réunis pour la pré-rentrée ont donc découvert la gravité de la situation. Consternés, les adhérents du Snéad ont interpellé la Mairie d’Avignon qui n’était peut-être pas réellement informée, ainsi que le président du Conseil d’Administration.

Des inspecteurs du Ministère de la Culture doivent se rendre sur place avant la fin du mois.

Cela fera donc huit ans que cette école vit une crise à laquelle personne, de la mairie au ministère ne semble être en mesure d’apporter une réponse. La structure excessivement hiérarchisée des EPCC n’a fait qu’aggraver les choses de la même façon qu’elle a engendré crise sur crise sur tout le territoire.

Au fil des épreuves et durant plusieurs années en parfaite autogestion, les enseignants ont réussi à maintenir une qualité d’enseignement équivalente à celle des autres établissements et à faire financer leurs projets. Avignon, le modèle ?

Perpignan, la résurrection ?

Le 30 juin 2016, à la fin du dernier diplôme, les employés municipaux de la ville de Perpignan changeaient les serrures de la « Haute École d’Art » de Perpignan dans le dos même du jury. Les derniers enseignants titulaires étaient répartis dans les services culturels de la ville et celle-ci devenait une référence pour un certain nombre de maires qui avaient en tête de se débarrasser d’une école qui leur coutait cher et ne leur rapportait pas beaucoup de voix aux élections.

banderoles Perpignan
En absence d’organisation syndicale forte, aucune opposition réelle ne se manifesta, pas plus du côté de l’Etat que de l’ANDEA qui se contenta d’un communique se terminant par ces mots :

Nous alertons l’opinion et toutes les instances compétentes sur les méthodes de liquidation utilisées dans le cas particulier de la HEART, où la municipalité a fait fi de l’autonomie de l’EPCC et des prérogatives du conseil d’administration, et agi sans concertation avec la direction, l’équipe enseignante et la population étudiante, qui travaillent depuis des années avec des moyens congrus, tentant de relever des défis ambitieux sur un territoire difficile. Nous appelons à une collaboration de tous les partenaires – ministère de la Culture, collectivités territoriales, écoles supérieures d’art implantées sur le territoire de la HEART – afin que des solutions et perspectives de développement soient inventées. Qu’il s’agisse de l’école de Perpignan ou plus largement du réseau national des 46 écoles d’art publiques, la pérennité de notre modèle dépend de reconfigurations à construire, que celles-ci prennent la forme de fédérations en réseaux, de regroupements ou de mutualisations plus circonscrites, ou qu’elles se traduisent par l’invention d’un nouveau modèle économique – sans céder sur les valeurs qui sont les nôtres : l’enseignement de la création par la création dans une optique généraliste, et l’accès à tous à nos formations sans discrimination de quelque ordre que ce soit. On nous aura compris : ce n’est pas de créativité et d’innovation dont nous avons ici besoin, mais de création et d’invention.

Voeux pieux qui évitaient de remettre en cause le modèle des EPCC, qui passaient sous silence les disparités entre écoles territoriales et nationales, qui envisageaient des « mutualisations » qui ne sont que des façons de réduire les personnels, qui suggéraient l’invention d’un « nouveau modèle économique », euphémisme pour libéralisation et marchandisation du service public, et qui en appelaient à la solidarité d’un « territoire » dont on se demande ce qu’il pouvait bien être.

À présent, alors que la mairie de Perpignan est passée à l’Extrême-droite, l’adjoint à la culture annonce la réouverture de l’école ! (lire ici)
Elle se fera peut-être. La banalisation des partis d’Extrême-droite est à l’œuvre depuis longtemps. De la presse de Droite jusqu’aux chaînes privées de télévision et de radio, de nombreux médias y participent en infusant de plus en plus massivement dans le débat collectif ce qui relevait autrefois de l’inacceptable.
Il n’est pas impossible que l’école ressuscitée de Perpignan, de même que son Centre d’Art Walter Benjamin, le festival Visa pour l’image ou le Théâtre de l’Archipel, qui sont les grands pôles de la vie culturelle perpignanaise, fonctionnent en toute sérénité dans les années à venir. Le Rassemblement National y a tout à gagner. Et l’échec de la réforme des écoles supérieures d’art ne sera qu’encore plus patent.

Si la réouverture se confirme, le Snéad sera en tous cas particulièrement vigilant quant au fonctionnement et aux orientations d’une école qui sera vraisemblablement présidée par un élu d’Extrême-droite.

Lettre ouverte à la Ministre de la Culture

En-tête lettre Minsitre 130720

à Caen, le 13 juillet 2020

Madame la Ministre,

Permettez-nous de vous féliciter pour votre toute récente nomination à la tête du ministère du la Culture.

En prenant ses fonctions, votre prédécesseur s’était indigné de découvrir que la situation des enseignant·es des écoles d’art territoriales n’avait pas été réglée, alors que le problème d’inégalité avec leurs collègues des écoles nationales était posé depuis bientôt vingt ans. Il s’était aussitôt engagé à le régler au cours de son mandat. Il n’en aura pas eu le temps, comme sa prédécesseuse, la prédécesseuse de sa prédécesseuse, la prédécesseuse de la prédécesseuse de sa prédécesseuse et ainsi de suite jusque quelque part au début des années 2000. On n’a jamais assez de temps lorsque l’on est ministre…

Dans un rapport de 2018 de votre ministère on trouve ces quelques lignes qui tiennent, avouons-le, du rituel : « La rénovation statutaire est également engagée depuis un an et demi dans le domaine de l’enseignement artistique afin de résoudre les divergences statutaires entre les enseignants des établissements d’enseignement supérieur d’art nationaux d’une part et territoriaux d’autre part, les premiers relevant de la fonction publique d’État, les seconds de la fonction publique territoriale ». De telles déclarations suivies d’aucun effet, on pourrait en faire une compilation à l’usage des générations futures afin qu’elles ne s’égarent pas en espérances. On y ajouterait un nombre respectable de rapports de commissions, d’associations, d’instances éminentes, qui ont toutes formulé des avis et parfois même effectué des calculs complexes sans que rien ne bouge. Pas même, les reflets dans les miroirs de la rue de Valois.

De notre côté, nous avons insisté pour être entendus par votre ministère, ce qui nous a été accordé avec une extrême parcimonie. Que sommes-nous, représentant·es des personnels, quand on peut traiter entre commensaux ? *

Nous avons également sollicité bien des élu·es, député·es ou sénateur·rices, qui ont multiplié les questions au gouvernement, sans plus de résultat que des réponses convenables assurant qu’on envisageait quelque chose un jour ou l’autre. L’an passé, une mission flash de l’Assemblée Nationale s’est penchée sur notre cas et a conclu à la nécessité d’une mesure qui pourrait être la création d’un corps unique des enseignant·es d’écoles supérieures d’art ou la création d’un nouveau grade. Les députées en charge de cette mission avaient convoqué toutes les parties concernées et énuméré toute une série de constatations particulièrement justes, notamment celle de l’iniquité du statut des assistant·es.

À deux reprises(2012 et 2018), le Sénat a publié un rapport mettant en cause le statut d’EPCC pour les écoles d’art territoriales. En 2018 ses recommandations ont été particulièrement claires et précises, allant notamment dans le sens d’une plus grande exigence démocratique.

De tout cela, on a fait des piles qui prennent la poussière dans les caves de la République.

C’est pourquoi, nous ne manifesterons pas devant votre porte. À quoi bon ? Nos diplômes et nos habilitations sont validés par le Ministre de l’Enseignement Supérieur, nos statuts dépendent du Ministère de la Fonction Publique et c’est le Ministère du Budget qui décidera de tout. Votre Ministère, sachez-le, refuse d’intervenir dans les écoles territoriales au nom de la « liberté d’administration des collectivités territoriales ». Pourtant, il siège dans nos Conseils d’administration par l’intermédiaire des DRAC alors qu’il n’agit plus concrètement que par la bande, laissant parfois disparaître une école comme par inattention, disparaissant sous la table quand les scandales sont trop grands et publiant de temps à autre un décret statutaire sans la moindre consultation préalable.

Vous ne risquez rien, pas l’ombre d’une amorce de révolution. En revanche, les écoles d’art dont la France est parsemée et qui en sont la singularité, se vident peu à peu de leur âme. Désormais tenues par des comptables, régies par des règles qui sont à l’opposé de la liberté artistique, méfiantes à l’égard de leurs enseignant·es, elles se rabougrissent en mimant les poncifs du jour (l’International ! La Recherche ! La Professionnalisation !…).

En d’autres circonstances, vous vous êtes montrée une élue républicaine. Serez-vous la ministre qui tiendra la promesse faite il y a quelques 17 ans, à Rennes, par un directeur de la DAP peu soucieux de sa parole et reformulée, il y a deux ans, par votre prédécesseur ? Serez-vous celle qui redonnera un élan à cette éducation si abîmée mais encore un peu singulière ? Si vous y aspirez, nous serions alors disposé·es à vous rencontrer, en espérant que cela ne sera pas une énième tentative inutile, car si nous avons encore un peu d’humour la réalité est que nos écoles et leurs personnels sont au bord de la rupture.

En vous priant d’accepter nos salutations désenchantées et en nous tenant malgré tout à votre disposition,

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L’école d’Avignon enlisée ?

Pour la troisième fois, le Ministère de l′Enseignement Supérieur vient de retoquer la demande de renouvellement du « conférant grade de Master » au DNSEP et le renouvellement de l′accréditation de l′Ecole Supérieure d′Art d′Avignon.

Ce 28 mai, le Ministère a envoyé un questionnaire à la direction de l′école où il lui demande, entre autres, de précisément détailler les partenariats locaux annoncés, la nature des partenariats internationaux et la réalité des échanges, les effectifs de l′établissement (avec un tableau à compléter), l′origine et le nombre des étudiants par année et par mention, les rapports entre cours publics et enseignement supérieur, le nouvel organigramme proposé, la liste des intervenants et conférenciers, la liste de workshops, la liste des enseignants et des personnels administratifs (avec tableaux à compléter).

De plus, le Ministère réclame les procès verbaux des réunions du Conseil Scientifique, le nombre d′étudiants inscrits en DSRA et un état des lieux de la recherche.

Enfin un chapitre est constitué par des demandes d′explications sur les perspectives financières de l′école compte-tenu du rétrécissement de l′aide de l′Etat du fait de la disparition d′un programme de recherche et de l’engloutissement des crédits d′investissement dans les dépenses de fonctionnement… Tout cela devant être soutenu par des « compléments écrits et chiffrés ».

Il ne s′agit donc pas de précisions mais d′une mise en demeure très claire de sortir du flou et de donner des chiffres et des informations précises. Le DNSEP/Master est mis en cause. Faute de réaction à la hauteur de la demande, l′ESAA perdra son second cycle.

L′Ecole d′Avignon, qui a traversé bien des tempêtes et qui a perdu ses deux DSRA l’an passé, mérite-t-elle cela ? L’extension des cours publics ne serait-elle le prélude à un déclassement de l’école ?

Meeting unitaire « Bas Les Masques ! Art et Culture » le lundi 15 juin 2020 à 18h

Largement ignoré par les media et les pouvoirs publics pendant les deux premiers mois de la crise provoquée par l’épidémie de Covid-19, le secteur des arts et de la culture a enfin fait parler de lui quand un groupe de personnalités du monde de la culture a demandé, dans une tribune publiée dans Le Monde du 30 avril, une prolongation des droits des intermittents du spectacle d’une année au-delà des mois où toute activité aura été impossible. Une semaine plus tard, le Président de la République a invité 13 artistes pour parler jambon, fromage, Robinson Crusoé, et éventuellement du sort des travailleur·se·s de la culture.

Dans cette séquence, les acteur·rice·s culturel·les n’ont jamais été (re)présenté·es autrement que par des « stars » qui, s’il faut saluer leur engagement en faveur de leurs collègues précaires, sont à mille lieues du vécu concret d’une précarité subie, et n’ont jamais choisi de rejoindre une démarche collective de lutte pour une transformation sociale aussi urgente que nécessaire.

Dans le prolongement de la tribune unitaire « BAS LES MASQUES Arts et Culture » qui rassemble une quarantaine de collectifs de lutte, fédérations et syndicats du secteur, ce meeting est un espace de parole pour les précaires, les vrai·e·s : celles et ceux pour qui la discontinuité de l’emploi conduit à la misère, le confinement aux banques alimentaires et la casse du service public au cimetière.
Il vise à construire un front commun, où la lutte pour une vraie transformation sociale ne peut se penser qu’en collectif, qu’en solidarité, qu’en convergences.

Déroulé du meeting :

Après une introduction par les Gilets Jaunes Intermittents et Précaires, le meeting se déroulera autour de 6 questions, chacune abordée par des témoignages et développée par une série de revendications, présentées par une des structures signataires de la tribune unitaire :

La situation des intermittent.e.s du spectacle
(revendications présentées par la CIP)

La situation des artistes auteur.rice.s
(revendications présentées par la BUSE)

La situation des étudiant.e.s
(revendications présentées par Art en Grève Valence et Snead CGT)

La situation des autres statuts précaires
(revendications présentées par Collectif UNEDIC)

La question des réformes en cours (assurance-chômage, retraites…)
(revendications présentées par la CGT)

La question de la convergence des luttes
(revendications présentées par SUD/Solidaires)

Le meeting sera conclu par une présentation de la suite à donner à la mobilisation et par un débat dans lequel la parole sera donné à tou·te·s les participant·es.

Pour assister au meeting Zoom et participer au débat final :
https://us02web.zoom.us/j/86202088021?pwd=SjEvQ1h3ZmhPamp4UituempScEhQdz09
ID de réunion : 862 0208 8021
Mot de passe : 853663

Pour assister au Meeting sur Youtube c’est sur ce lien :
https://www.youtube.com/channel/UCHgDcHeDeOlQKveyZ4s9phA

Bas les Masques – Arts et Culture

Le Snéad-CGT est signataire de l’appel unitaire « Bas les Masques – Arts et Culture ».

Ce texte écrit collectivement par des travailleur·ses des arts, du spectacle vivant et de l’audiovisuel, des artistes-auteur·es, des plasticien·nes, des designer·euses, des étudiant·es et des enseignant·es en art, des militant·es, est un appel à la mobilisation massive de nos secteurs de la culture et des arts dans la bataille générale. Nous soutenons et reprenons ainsi l’appel lancé par les soignant·es « Bas les Masques » : organisons-nous pour construire un grand mouvement populaire, en lutte pour une réelle démocratie et une véritable justice sociale, économique et écologique.

Signez l’appel : http://www.blm-artsetculture.fr/

Le Snéad-CGT s’associe à un groupe unitaire de travailleurs·euses précaires des arts et de la culture

Le Snéad-CGT s’est joint début mai à une réflexion collective sur le statut social des travailleurs·euses précaires du milieu artistique et culturel. Suite à la crise sanitaire sans précédent qui met nombre de personnes dans des situations d’urgence sociale, et avec l’année « blanche » à venir, comment vont faire les étudiant·es, artistes-auteurs·rices et tou·te·s les précaires qui sont censé·es faire briller la France culturellement quoiqu’il leur en coûte, en crevant la dalle dans leur coin ? (cf. notre Appel commun avec le Syndicat National des Artistes Plasticiens du 23 janvier 2020

Ce groupe unitaire auquel nous nous sommes associés réunit des associations, des collectifs, des coordinations nationales et régionales, des organisations syndicales : coordinations d’intermittents du spectacle, des Gilets Jaunes, des militants d’Art en Grève, de Culture en Lutte, le collectif Formes de Lutte, des syndicats des professionnel·les de la culture CGT, SUD, FO, des associations féministes/LGBTQI+… 

Nous pensons que l’ensemble de la fonction publique est menacée au nom des économies publiques, au détriment des plus fragiles et en précarisant des agents qui parfois eux-aussi précaires. Notre syndicat doit donc voir au-delà des portes des écoles. Il attend de ces dernières qu’elles s’ouvrent davantage au monde et participent à ses mutations profondes. Nos enseignant·es, assistant·es d’enseignement, technicien·nes d’art, sont le plus souvent des artistes-plasticien·nes, designers·euses déjà précarisé·es en l’absence de statut social. Nous craignons pour elleux que la crise sanitaire du Covid ne remette en question nombre de postes et de contrats. Nous ne pouvons qu’œuvrer pour que chaque travailleur·euse de l’art et du design bénéficie d’une façon ou d’une autre d’un véritable statut social et d’un revenu pour son travail de création.

De même, sans parler en leur nom, nous soutenons les étudiant·es engagés dans des études compromises par des conditions de subsistance de plus en plus difficiles et qui s’inquiètent plus que jamais pour leur avenir — avenir qui est parfois d’intervenir dans nos écoles d’art et de design, sous bien des formes. Mais à quoi tiennent nos missions de formation s’il s’agit diplômer des professionnel·les qui ne trouvent rien à la sortie ? La boucle est bouclée !

Le projet est donc de trouver des solutions immédiates qui répondent à l’urgence sociale de façon bien plus radicale que les quelques annonces vagues et contestables du président (cf. déclarations de l’Élysée du 6 mai) et qui seraient aussi la base d’une réflexion pérenne sur le statut social des travailleurs·euses de l’art et de la culture.

Les vacataires premières victimes de la crise sanitaire : l’exemple des modèles

Alertés par le SNPEFP-CGT (syndicat l’enseignement privé) et la FERC, notre Fédération, Nous reproduisons ci-dessous la lettre du député André Chassaigne au ministre de la Culture au sujet des modèles employés dans les écoles d’art publiques ou privées, supérieures ou non, les classes préparatoires ou les MJC et victimes, comme d’autres vacataires (étudiants moniteurs, enseignants ponctuels,…), du non-paiement de leurs heures programmées.

Modèle 1

Modèles 2

Le député André Chassaigne a d′autant plus raison d′alerter le Ministre sur le sort des modèles que ceux-ci relèvent d′une catégorie souvent oubliée et au statut particulièrement précaire. Ils comptent parmi les vacataires qu′un établissement public a le droit de recruter puisqu′ils exercent de façon discontinue et sans répétition (d′année en année). Du moins le suppose-t-on. Alors qu′ils avaient autrefois une réelle place dans les écoles, les modèles ont tendance à disparaître à mesure que la part du dessin se réduit dans l′enseignement supérieur.
Qu’ils travaillent pour le privé ou le public, les ateliers pour amateurs, les écoles supérieures, les classes préparatoires ou les MJCs, les modèles ont été traités avec le dernier des mépris à l′occasion de la crise sanitaire, la plupart des établissements n′ayant pas jugé bon de payer leurs heures programmées…
On imagine les conséquences de cette brutale perte de revenus lorsque l′on vit avec un budget réduit. *
Comme le signale le député, certains ont imaginé de faire « télétravailler » les modèles en leur demandant de poser devant leur webcam. Le fait que leur image puisse être copiée et se trouver diffusée sans leur consentement, ne semble pas effleuré ces employeurs. Cette solution scandaleuse ne pouvait qu’engendrer des refus.

Mais puisque le statut de vacataire met les modèles totalement à la merci de l′employeur, c′est aux syndicats qu′il incombe d′intervenir.
C′est pourquoi, au sein de la Fédération de l′Enseignement, de la Recherche et de la Culture de la CGT, le SNEAD rejoint les autres syndicats CGT concernés (écoles nationales, enseignement privé, etc…) auprès des modèles qui revendiquent la reconnaissance de leur statut et le paiement de leurs heures programmées.

 

* Il faudrait à ce sujet répertorier le nombre de vacataires (enseignants vacataires, étudiants moniteurs, modèles, entre autres) qui ont vu leurs heures purement et simplement annulées du début du confinement jusqu′à la fin de l′année scolaire, parfaite expression de l′indifférence portée au sort de ces travailleurs interchangeables