De la modernisation de l’enseignement artistique français

La Fonction Publique Territoriale n’est pas le monolithe que l’on croit souvent. Contrairement aux idées communément admises, les agents n’y sont pas figés dans des postes contraints par une réglementation tatillonne. Les écoles supérieures d’art (territoriales) offrent sans doute la meilleure illustration du dynamisme qui, au contraire, renouvelle chaque jour les fonctions, l’organisation collective ou les relations employeur-employé. Nous en donnons ici quelques exemples :

* Il existe dans les écoles d’art des « coordinateurs » d’options ou d’années qui sont des enseignants, généralement choisis par la direction (mais que l’on préférerait élus si ce n’était pas trop demander), dont la mission consiste à organiser les bilans, quelques réunions annuelles et parfois le déroulement des diplômes. Pour cette tâche supplémentaire, ils bénéficient en général d’une prime améliorée, appelée ISO variable.
L’ESAL de Metz innove considérablement au sujet de ces coordinateurs en les rebaptisant « managers de proximité » et en redéfinissant leurs missions.
Wikipedia nous renseigne sur cette dénomination curieuse en citant deux auteurs d’essais sur le management : « Michel Barabel et Olivier Meier donnent comme exemple de « manager de proximité » celui d’un chef de rayon des supermarchés Champion. »
La comparaison pourra en choquer certains mais l’ESAL explique plus précisément le rôle de ce « manager de proximité » dans le Guide le l’Entretien Professionnel distribué aux agents. Le rôle du « manager de proximité », est-il dit, est d’encadrer son équipe et d’assurer un rôle d’intermédiaire. Il veille à ce que les objectifs et les missions de l’école se réalisent. Il est donc le lien entre « le projet de l’agent, le projet de l’équipe et le projet de l’établissement ». Le manager de proximité veille également à ce que la communication entre agents et direction fonctionne. Il contribue à la « cohésion de l’équipe pour favoriser un fonctionnement dans un cadre non conflictuel. Leur proximité est un atout qui permet de relier positivement leur équipe à la direction. » Il a la charge de l’évaluation professionnelle annuelle.
Pour ce travail, le manager de proximité touche une prime de 90h en fin d’année après service effectué.
Pour résumer, les « managers de proximité » sont des collègues enseignants, jouissant du même statut que les autres, mais chargés de les encadrer, de les évaluer et d’assurer le lien avec une direction éloignée. Ils la déchargent en tout cas du travail d’évaluation.

* Autre innovation, celle de « responsable d’atelier » mise en place à l’ESAD d’Orléans. La fiche de poste de ces responsables d’ateliers, jusqu’alors rétribués selon la grille des animateurs de centres aérés, est un mélange des fonctions pédagogiques des Assistants et des responsabilités techniques des techniciens et techniciens spécialisés. Selon cette fiche, le « responsable d’atelier » « assiste pédagogiquement l’enseignant responsable du pôle/ou du projet », « participe à l’organisation et au montage des travaux d’étudiants dans le cadre des bilans, accrochages, diplômes, etc… ». Mais il doit également « assurer la maintenance des ateliers, des outils et des machines », veiller « à l’état des stocks en consommables, encres, papiers, etc… », etc. Le tout payé au plus bas.
L’un de ces responsables d’atelier a préféré ne pas reprendre le CDD à temps partiel qui lui était proposé cette année.

* À l’EESAB (Brest, Lorient, Quimper, Rennes), qui a connu une nette réduction de la précarité, le livret de l’Etudiant mentionne au sein de l’équipe pédagogique un enseignant atypique : Conservateur au Musée des Beaux-Arts, il délivre un enseignement d’histoire de l’art à titre gracieux, sur ses heures de travail au Musée. Simultanément, le poste d′un enseignant de Brest parti en retraite n′a pas été pourvu et c′est un « artiste intervenant » sur le seul second semestre qui s′y substitue, « à titre d′expérimentation ». Lorient vit sa deuxième année sans enseignement du volume et Quimper bénéficie toujours d′une assistante rétribuée comme animatrice.

* À l’ÉSAM Caen/Cherbourg, les glissement des missions des différentes catégories de personnel brouille les spécificités des cadres d’emploi. Les assistants d’enseignement artistique assurent des missions équivalentes à celles des professeurs d’enseignement artistique. Ils assurent les cours, les ateliers dont ils préparent les contenus, en assurent seuls les évaluations, coordonnent les options et accompagnent les étudiants aux diplômes Bac+3 et Bac+5, suivent des mémoires. Ce sont donc des professeurs d’enseignement artistique à part entière, avec des parcours professionnels similaires et des niveaux de diplômes équivalents, mais qui travaillent plus (20h hebdomadaire et non pas 16h) et sont payés moins. Par ailleurs, il est demandé aux techniciens en charge des ateliers techniques d’assurer des heures de formation, donc des missions pédagogiques, ce qui les fait glisser vers des missions propres aux assistants d’enseignement, sans en avoir les horaires (45h/semaine au lieu de 20h) ni évidemment les mêmes grilles de rémunération. Il a même été récemment précisé que les techniciens pouvaient assurer les missions de recherche (ouvertes à n’importe quelle catégorie de personnel). Enfin, il est imposé à des professeurs d’enseignement artistique d’assurer un ratio horaire de leurs heures d’enseignement, théoriquement réservé en totalité à la formation des étudiants conduisant à des diplômes nationaux, à des élèves de la classe préparatoire sur le site de Cherbourg.

Ces exemples prouvent qu’en dépit des corporatismes qui trop souvent freinent la modernisation du service public, les écoles supérieures territoriales d’art n’hésitent pas à inventer de nouvelles activités, de nouvelles missions, de nouvelles formes d’émulation et (presque) de nouveaux statuts pour accéder à la modernité.

Alain Bourges, pour le Snéad-CGT

PS : Toujours pas de direction à Avignon (6ème année consécutive) ni à Toulouse.

Publicités

Elections au CNESERAC

Un strapontin pour les syndicats : Sur 69 membres, seulement 3 représentants des syndicats d’artistes et de designers et organisations professionnelles du secteur et aucun des salariés des établissements d’enseignement artistique

L’ANDEA informe que le 4 mai 2017, le décret n° 2017-778 a institué une nouvelle instance consultative, le Conseil National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Artistiques et Culturels (CNESERAC) dans le cadre de la Loi sur la Liberté de création, l’architecture et le patrimoine.

5 professeurs et 2 étudiants (et autant de suppléants) représenteront les écoles supérieures d’art et design au CNESERAC. Ils doivent être issus des Conseils d’Administration et Conseils Pédagogiques des écoles.

(…)

C’est le Secrétariat général du ministère qui contactera les établissements pour organiser les élections. 

(…)

. Le CNESERAC est présidé par le ministre de la Culture. Il est composé de 69 membres ayant le droit de vote. Pour chacun de ces membres, à l’exception des 6 personnalités qualifiées, un suppléant est prévu.

MEMBRES NOMMÉS PAR LE MINISTRE (15)
7 directeurs d’écoles (ventilation indéterminée par le décret : 2 directeurs d’écoles supérieures d’art et design seront nommés, tout au moins pour le premier mandat)
2 responsables des structures de recherche ou instituts du MC hors écoles
6 personnalités qualifiées dans les domaines culturel, artistique, de l’enseignement, de la recherche, économique ou social (dans le meilleur des cas 1 personnalité du milieu de l’art/design : artiste ou designer ou commissaire ou critique d’art ?)

MEMBRES ÉLUS OU DÉSIGNÉS EN LEUR SEIN (54)
17 professeurs dont 5 des écoles supérieures d’art et design
8 étudiants dont 2 des écoles supérieures d’art et design
8 personnels scientifiques des établissements de recherche du MC : conservateurs, chercheurs, ingénieurs de recherche…
15 représentants des professionnels concernés : probablement 3 représentants des syndicats 
d’artistes et de designers ou organisations professionnelles du secteur
1 député (probablement issu de la commission culture de l’Assemblée nationale)
1 sénateur (probablement issu de la commission culture du Sénat)
1 conseiller municipal (désigné par l’AMF –Association des Maires de France)
1 conseiller régional (désigné par Régions de France)
1 représentant du CNRS
1 représentant du conseil économique, social et environnemental (CESE)

MEMBRES NON VOTANTS (8)
1 représentant désigné par le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (CNESER) ;
1 représentant désigné par le ministre chargé de l’enseignement supérieur ;
1 représentant désigné par le ministre chargé de la recherche ;
1 représentant désigné par le ministre chargé de la jeunesse et des sports ;
1 représentant désigné par le ministre chargé de l’industrie ;
1 représentant désigné par le ministre chargé des collectivités territoriales ;
1 représentant désigné par le président du centre d’études et de recherches sur les qualifications;
1 directeur régional des affaires culturelles, désigné par le ministre chargé de la culture.

Au contraire du CNESER où les personnels sont largement majoritaires, il seront largement minoritaires au CNESERAC.

Au contraire du CNESER où les syndicats des personnels et des enseignants présentent des listes par syndicats ou organisations, au CNESERAC, les représentants des personnels et des étudiants des écoles d’art, en nombre trop faible (respectivement 5 et 2), seront seuls.

Projet de stratégie de Recherche du Ministère de la Culture

Le Ministère de la Culture présente au CNESER, le 16 octobre, son projet de stratégie de recherche. Vous le trouverez dans son intégralité ici :

StratégieRechercheMiC-2017-2020-versionEN LIGNE 1-07-06-2017

ou ici :

http://www.culturecommunication.gouv.fr/Thematiques/Enseignement-superieur-et-Recherche/La-recherche/Strategie-de-recherche-2017-2020-du-ministere-de-la-Culture

En voici la page de présentation, pour l’exemple, suivie de notre analyse, visée par l’Intersyndicale, qui sera donc communiqué par les représentants de la FERC-sup.

StratégieRechercheMiC-2017-2020-versionEN LIGNE 1-07-06-2017 C

Commentaires :

Dans ce document présentant la stratégie du Ministère en terme de recherche, celle-ci n’est posée qu’en termes de facteurs d’innovation, d’investissement, de retombées économiques ou de développement territorial. Derrière l’usage d’un vocabulaire asséné comme s’il allait de soi et à travers lequel on assiste en réalité à un dévoiement des ambitions d’une recherche digne de ce nom, les questions s’accumulent :

Qu’est-ce que « l’innovation » dans un tel contexte idéologique ?
Quels sont les défis posés par la globalisation ?
À quoi renvoient les sciences du numérique ?
Qu’est-ce que les sciences participatives ?
Qu’est-ce que les recherches culturelles ?
Que signifie : les métiers de la recherche culturelle ?
Qu’est-ce que la recherche du Ministère ?
Où sont les missions d’enseignement et l’articulation avec la recherche ?

La vision qui est à l’œuvre ici assimile la recherche à « l’innovation » et au « développement ». Ne sont considérés comme prioritaires que les axes de travail qui sont liés à des questions économiques ou à une conception de l’utilité sociale étriquée, en contradiction avec le principe essentiel de la Recherche, qui est de pouvoir choisir librement ce sur quoi on travaille (comment et avec qui).

Les statuts des enseignants des écoles supérieures d’art, auquel le Ministère a clairement refusé celui d’enseignant-chercheur, sont devenus totalement inadaptés à l’injonction de conduire de la Recherche en école d’art. Mais nous constatons que simultanément, ce statut va être accordé aux enseignants des écoles d’architecture.

page 6, sous le titre « Les champs de recherche au Ministère de la Culture » :
« Ces activités de recherche s’intègrent dans une démarche qui lie recherche, création et production, diffusion, action culturelle et éducative. Sont ainsi créées les conditions d’une recherche ouverte sur les territoires, connectée aux politiques éducatives, sociales, socio-culturelles et économiques, ainsi qu’à l’enseignement supérieur (au sein notamment des ComUE) et au développement des échanges internationaux, en lien avec les schémas régionaux de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation (SRESRI). Les écoles supérieures d’art et de design accueillent de jeunes chercheurs et s’inscrivent dans des formations doctorales en partenariat avec des universités, tel le doctorat Sciences, Arts, Création, Recherche (SACRe) dans le cadre de la ComUE Paris Sciences et Lettres (PSL). »

Commentaire : Il est donc affirmé que la recherche se fera au sein des Communauté d’Universités et d’Etablissements que les écoles supérieures intègreront donc de fait. Quand on connaît les crises et les difficultés qui ébranlent ces méga-édifices, composés de bric et de broc et où les administrations gonflent au détriment de la pédagogie, où la démocratie se réduit comme peau de chagrin et où les responsables de laboratoires de recherche passent plus de temps à chercher des financements auprès du secteur privé qu’à mener leurs travaux de recherche, quand on sait que les écoles déjà financièrement en difficulté devront cotiser pour entrer dans les ComUE, on est en droit de s’opposer à un tel projet.


Dans les mesures proposées (page 24 à 27) :
MESURE 28 > labelliser des chaires de recherche dans les écoles d’enseignement supérieur sous tutelle du ministère pour développer de nouvelles thématiques et attirer des enseignants-chercheurs ou des chercheurs de haut niveau.
Échéance prévue : mesure nouvelle LF 2017 (pour les ENSA uniquement)

Commentaire : Confirmant une politique lancée avec la réforme des écoles d’art, le Ministère de la Culture concentre ses efforts sur les écoles nationales, abandonnant les écoles territoriales à leur sort. Il semble évident que le Ministère soutiendra l’organisation de la recherche dans les écoles nationales, laissant les écoles territoriales, pourtant largement majoritaires, se débrouiller avec des collectivités inaptes à financer des 3èmes cycles. Les collectivités locales n’ont ni l’expertise, ni les moyens d’exercer une tutelle dont elles ne veulent même pas dans nombre de cas. Le Ministère aggrave sciemment la distinction entre écoles nationales et écoles territoriales, reléguant les secondes au rang inférieur alors qu’elles contribuent de la même façon que les écoles nationales à la formation des artistes, designers et designers graphiques, au maillage territorial de l’enseignement supérieur et de la culture, ainsi qu’à la Recherche qui a été mise en œuvre dans lesdites écoles grâce à un surinvestissement humain qu’il n’est plus question de prolonger sans contre-parties.

Mesure 31 > mieux prendre en compte les activités de recherche des enseignants dans les établissements d’enseignement supérieur Culture et celles des personnels scientifiques et de recherche dans les services centraux ou déconcentrés et les établissements publics du ministère (décharges horaires, évaluation de l’activité de recherche,…). Dans les écoles nationales supérieures d’architecture, la création d’un statut d’enseignant-chercheur est en projet. Ce statut doit être aménagé pour l’ensemble du dispositif national tout en incitant les collectivités territoriales à conduire une réflexion pour les enseignants relevant des écoles sous leur tutelle.
Échéance prévue : 2017-2020

Commentaire : Confirmation : le Ministère ne s’occupe que des établissement nationaux (écoles d’architecture et écoles supérieures d’art) laissant les collectivités locales « mener une réflexion » sur la recherche en écoles territoriales. C’est un abandon affirmé, dissimulé derrière le principe de libre administration des collectivités territoriales mais révélateur du véritable projet ministériel d’un enseignement artistique à deux vitesses : les écoles nationales et quelques rares territoriales dotées de moyens constitueront l’élite, les autres devront se contenter de survivre.

Les enseignants des écoles d’art n’ont pas le statut d’enseignants-chercheurs et le ministère s’oppose officiellement à ce qu’ils l’obtiennent (lettre de Mme Hatchondo aux syndicats au printemps dernier). Comment le même ministère imagine que les personnels enseignants puisse faire de la recherche si ils n’en ont ni les moyens ni les statuts ? Comment le Ministère qui, par le décret du 2 mai dernier, dénie le statut des Professeurs d’Enseignement Artistique en les contraignant de fait à enseigner des les classes préparatoires peut simultanément leur demander de travailler à la Recherche sous le même statut ?

Mesure 32 > encourager les établissements d’enseignement supérieur Culture à se rapprocher, dans une dynamique territoriale, des ComUE ou des autres regroupements d’établissements pour créer des doctorats et autres diplômes de troisième cycle – Diplôme supérieur de recherche en art (DSRA) et Diplôme supérieur de recherche en design (DSRD) – qui allient la recherche à la pratique et à la création, ce qui est facilité par l’arrêté du 25 mai 2016 fixant le cadre national de la formation et les modalités conduisant à la délivrance du diplôme national de doctorat.
Échéance prévue : mesure « ComUE » inscrite au LF 2017


Commentaire : Quand on sait ce que sont les ComUE, le nombre de crises qui les secoue, leur constitution incohérente, la déréglementation qui y a cours, on peut légitimement s’alarmer de ce que deviendront des écoles d’art déjà fragiles au sein d’ensembles constitués de bric et de broc.

lire à ce sujet : https://www.lenouveleconomiste.fr/comue-le-grand-foutoir-parisien-29823/

Mesure 40 > renforcer les moyens budgétaires en mutualisant les sources de financement (ministère la Culture, ANR, PIA, fonds européens, etc.) pour assurer la mise en œuvre de la présente stratégie, et donner une meilleure lisibilité à ces moyens multi-programmes.
Échéance prévue : dès 2017


Commentaire : Les écoles territoriales attendent que le Ministère de la Culture soutienne leur évolution vers des troisièmes cycles. Malheureusement, la mesure 31 suggère que les collectivités territoriales (qui n’en peuvent plus) assument ce rôle. Qui, au sein des écoles va se charger de trouver de nouvelles sources de financements sachant que l’on en est à réduire le nombre de postes d’enseignants ? Faut-il augmenter encore les effectifs d’administrations devenant chaque jour plus lourdes ? Les financements de l’Etat se réduisant partout, on ne peut pas espérer beaucoup des sources de financement suggérées.

PPCR (suite)

Les grilles, avec les chiffres… Même constat : minuscule revalorisation par étapes, ralentissement des carrières et hausse des cotisations retraites et un gel de la valeur du point d’indice.

ob_69e7f6_comparatif-grille-pea-2016-2020-ppcr

grille PEA PPCR

Texte de la FERC-sup sur la loi LRU

Dix ans d’inversion de la hiérarchie des normes avec la Loi LRU, ça suffit !

(Ce texte de la FERC-sup au sujet de la loi LRU et de ses conséquences est applicable mot à mot aux écoles supérieures d’art avec un petit décalage d’années (trois ans en réalité) et la transcription de certaines appellations comme par exemple CPU qu’il faudrait traduire par ANDEA. Nous subissons actuellement dans les écoles d’art ce qu’endurent les universités depuis 2007, notre destin est lié par la fusion contrainte au sein des COMUEs, il est donc largement temps de prendre en considération cette histoire et de mettre en oeuvre des actions communes de résistance à la destruction de l’enseignement supérieur en général, artistique en particulier)

Un article du quotidien La Croix daté du 10 août 2017, « Qu’ont fait les universités de leur autonomie ? » présente un « bilan mitigé » de la Loi relative aux libertés et responsabilités des universités, la loi LRU-Pécresse, dix ans après sa promulgation le 10 août 2007.

Cette loi, « la plus importante de la législature » selon François Fillon et « emblématique de la volonté de réformer du quinquennat de Nicolas Sarkozy » pour Valérie Pécresse, instaurait l’« autonomie » des établissements d’enseignement supérieur et de recherche. En réalité, avec cette loi, l’État mettait à profit le désir d’émancipation revendiqué par les chefs d’établissements lors du colloque de Metz de la Conférence des présidents d’université, (CPU) en février 2007, pour se décharger de la gestion de l’enseignement supérieur et de la recherche sur les établissements. En s’appuyant sur des présidents d’université dont la loi renforçait considérablement les pouvoirs locaux, Sarkozy/Fillon/Pécresse transféraient aux établissements la masse salariale de l’ensemble de leurs personnels. En les poussant à accéder aux Responsabilité et compétences élargies (RCE) et en leur attribuant des budgets contraints ignorant tout à la fois le Glissement vieillissement et technicité (GVT) des personnels et les hausses d’effectifs à venir ils obligeaient les chefs d’établissements à mettre en œuvre la politique d’austérité en lieu et place du gouvernement.

Dans ce même article, Valérie Pécresse affirme que « Nous savions qu’il y aurait des universités qui n’auraient pas les compétences et la « fibre » pour gérer ». Au-delà du cynisme affiché et assumé, on peut s’étonner qu’une ancienne ministre de la République avoue publiquement que le projet qu’elle a contribué à mettre en place n’était pas adapté et allait créer des difficultés dans les établissements et pour leurs personnels.

En ajoutant que « certaines ont par exemple dépensé tout l’argent qu’on leur avait donné en augmentant les primes des enseignants-chercheurs » non seulement elle stigmatise une catégorie particulière de personnels, les opposant ainsi aux autres personnels de nos établissements, mais elle oublie qu’elle a, elle-même, donné l’exemple en accordant des primes substantielles (entre 25 et 40 000 € aux présidents qui mettaient en oeuvre sa réforme avec zèle pour que leurs établissements accèdent aux RCE quelles qu’en soient les conditions et les conséquences pour l’avenir). Son Plan carrières 2009-2011 sur lequel les établissements se sont appuyés pour mettre en œuvre sa politique était principalement une longue liste de primes et laissait entendre parallèlement, à qui voulait bien y croire, qu’avec la Révision générale des politiques publiques (RGPP), si les fonctionnaires étaient moins nombreux, ils seraient mieux payés.

Dans la note d’information du ministère de Valérie Pécresse datée de novembre 2008, l’article « Prévisions des effectifs dans l’enseignement supérieur pour les rentrées de 2008 à 2017 », on peut lire que pour son ministère « suite à un effet démographique, le nombre de bachelier diminuerait entre 2008 et 2017 (4,9%) […] les effectifs de l’enseignement supérieur devraient fortement reculer en dix ans ». En réalité, aujourd’hui, ce sont plus de 40 000 étudiant·e·s en plus qui arrivent dans l’enseignement supérieur chaque année. Augmentation qui sert désormais d’alibi à l’instauration de la sélection à l’entrée à l’université pour, soit-disant, échapper au tirage au sort.

Effectifs étudiants sous évalués, GVT escamoté, politique de primes effrénée et politique d’austérité ont mis en difficulté financière de nombreux établissements dont un nombre en constante évolution à la hausse a été placé sous tutelle des rectorats.

Par ailleurs, l’opération campus lancée par la même ministre avec des Partenariats publics pour le privé (PPP) imposés par son ministère ont également endetté lourdement et durablement nombre d’établissements. Les PPP incluant l’entretien des bâtiments, avec l’appétit des grands groupes du bâtiment qui se sont ainsi incrustés dans l’université, ce sont aujourd’hui les services techniques de nos établissements et leurs personnels qui sont menacés d’extinction. Avec la dévolution du patrimoine immobilier aux établissements, également prévu par la loi LRU-Pécresse, c’est le patrimoine national qui s’éparpille.

Avec le transfert de la masse salariale aux établissements, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche de Nicolas Sarkozy a fait croire que le gouvernement Fillon investissait dans l’ESR comme cela n’avait jamais été fait par aucun gouvernement. Alors qu’il n’en était rien, bien au contraire. La loi LRU-Pécresse organisait le désengagement financier de l’État du service public national d’ESR et le démantèlement de l’université française.

Valérie Pécresse est aussi à l’origine de la folle course à l’« excellence » entreprise par les établissements. La relative mauvaise position des universités françaises dans les classements internationaux, dont la pertinence est contestable, lui servait alors à justifier les réformes « nécessaires » initiées par le gouvernement Sarkozy/Fillon/Pécresse : les universités devaient se donner les moyens d’accéder à une visibilité internationale supposée améliorer leurs scores. Dix ans après, la position des universités françaises n’a guère évolué. Avec la sélection qui en est la suite logique, cette politique élitiste épuise les personnels et instaure progressivement une université à deux vitesses, véritable outil de ségrégation sociale.

C’est la ministre Valérie Pécresse qui, en 2008, a donné à la Conférence des présidents d’université  l’agrément lui permettant de bénéficier du régime des associations d’utilité publique. CPU dont le poids et la prégnance sur la politique du ministère chargé de l’ESR ne cesse de s’accroître.

► Une satisfaction : la mobilisation et la résistance des personnels ont repoussé jusqu’à ce jour la mise en place de l’évaluation des enseignant·e·s-chercheur·e·s pourtant inscrite dans son décret de 2009.

C’est pourquoi, face à ce bilan,
la CGT FERC Sup continue à exiger notamment :

  • L’abrogation de la loi LRU-Pécresse qui avait pour objectifs le démantèlement du service public d’ESR et son ouverture au marché.
  • La dénonciation des PPP et la nationalisation des équipements réalisés.
  • L’abrogation de la loi LRU-Fioraso, l’arrêt des ComUE, fusions et regroupements pour engager la reconstruction d’un service public national d’enseignement supérieur et de recherche, laïque, démocratique et émancipateur permettant au plus grand nombre d’accéder à des études supérieures de haut niveau et de qualité sur l’ensemble du territoire.
  • Le refus de toute sélection à l’université qui met en place un système de ségrégation sociale, le Baccalauréat devant rester le premier grade universitaire qui ouvre droit à l’inscription aux études supérieures de son choix.
  • L’égalité de traitement de tou·te·s les étudiant·e·s en augmentant les crédits récurrents de l’enseignement supérieur afin que le coût par étudiant·e et par an d’une université rejoigne celui des élèves des grandes écoles et écoles d’ingénieurs.
  • Le retrait du RIFSEEP qui remet en cause les fondements du statut général des fonctionnaires et le rétablissement de perspectives de carrières pour TOUS les agents. C’est un droit pour tou·te·s.

Pour réaffirmer tout cela, pour défendre le service public national,
nos carrières, nos emplois, notre pouvoir d’achat et nos pensions.

Pour refuser la casse du Code du travail, défendre le caractère national
des diplômes et des qualifications qui constituent le socle
des garanties collectives des travailleurs

Tou·te·s mobilisé·e·s dans la grève et les manifestations
le 12 septembre 2017

snéad-cgt: communiqué du 20 juillet 2017

snéad-cgt syndicat national des écoles d’art et de design

Le Snéad-CGT s’est créé il y a maintenant un an. Il réunit 14 des 35 écoles territoriales d’art sur 19 sites, toutes catégories de personnels confondus. Il est le premier syndicat national en charge de la question spécifique des écoles d’art. Depuis 12 mois il est actif à la fois au niveau local et au niveau national.

Au niveau local, relayé par les Unions Locales et Départementales de la CGT, il informe et assiste les syndiqués dans les situations de conflit ou de blocage avec les directions (autoritarisme, désorganisation administrative, dialogue social rompu…), il conseille face à la multiplication des contrats inappropriés aux missions réelles des personnels ou face au glissement de missions hors cadre d’emploi. Il résiste face aux velléités des administrateurs de faire travailler plus et sans considération les personnels. Il dénonce les dysfonctionnements des instances, l’isolement des personnels en difficulté, la stigmatisation de syndiqués par leurs employeurs…
Le Snéad-CGT est un outil syndical qui s’est structuré en fonction des besoins réels sur le terrain de nos EPCC, au plus près de ses syndiqués. Il vise à fédérer les personnels des différentes écoles et refuse les logiques de compétition entre établissements, entre sites, entre catégories de personnel.

Au niveau national, le Snéad-CGT œuvre au sein de la FERC-Sup (union nationale de l’enseignement supérieur de la Fédération de l’Education, de la Recherche et de la Culture), au contact des personnels des universités, nouveaux partenaires naturels et solidaires maintenant que nous évoluons dans le paysage commun des Comue, du LMD, des évaluations HCERES. Depuis sa création, le Snéad-CGT n’a eu de cesse d’alerter ses ministères de tutelle sur les nombreuses difficultés rencontrées dans nos EPCC (menaces de fermeture, coupes budgétaires, ingérence politique…) et la souffrance au travail chaque jour grandissante de ses personnels. Depuis le début de la crise nationale, en décembre 2016, et depuis la création de l’intersyndicale des écoles supérieures d’art territoriales aux côtés de SUD-CT et FSU-SNUter :

  • il s’engage pour la revalorisation des statuts des personnels au regard de leurs missions dans un établissement d’enseignement supérieur,
  • il s’engage pour l’amendement de la Loi du 4 janvier 2002 afin d’adapter les EPCC aux établissements d’enseignement supérieur et rendre leur fonctionnement plus démocratique,
  • il s’engage pour la création d’un corps unique des enseignants d’écoles supérieures d’art, mettant fin à 15 ans d’inégalités de traitement entre enseignants des écoles territoriales et nationales,
  • il s’engage à interpeler l’Etat afin qu’il se réengage aux côtés des collectivités territoriales pour les aider à supporter le coût des réformes qu’il leur impose.

Après de multiples communiqués, courriers aux différents ministères de tutelle, rencontres avec des parlementaires… le Snéad-CGT a été reçu au Ministère de la Culture et il travaille en relation avec la DGCA. Il a obtenu la publication de nombreuses questions au Journal Officiel. A la veille des élections, il avait reçu un certain nombre d’engagements ainsi qu’un calendrier prévisionnel de négociations de revalorisation statutaire des enseignants en école territoriale d’art. Mais, au lendemain des élections présidentielles et législatives, la mobilisation doit être renforcée, généralisée et doit enfin poser la question des statuts inadaptés de nos EPPC.

Nos établissements sont également visés par la loi Travail 2. Le Snéad-CGT appelle à être solidaire des mouvements sociaux à venir, à commencer par l’appel à la grève nationale du 12 septembre, mais aussi au sujet du RIFFSEP (régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l’expertise et de l’engagement professionnel) et du gel du point d’indice.

Au-delà de ces revendications, le Snéad-CGT ne perd pas de vue l’impératif de refonder la pédagogie en art, ce que la réforme des écoles a négligé au profit de l’organisation administrative. Dés la première année, ébranlée par l’émergence de classes préparatoires agréées, jusqu’à la Recherche, tout est à repenser. Le Snéad proposera une concertation en vue de poser les bases d’un enseignement artistique adapté aux enjeux de son époque.

Pour créer un rapport de force à la hauteur du contexte actuel, pour être force de proposition en vue d’améliorer nos conditions de travail, de revaloriser nos statuts, de démocratiser nos instances, de repenser nos EPCC, de renforcer le projet républicain de l’enseignement supérieur artistique public sur l’ensemble du territoire, il est urgent de se fédérer, de se concerter, de se faire entendre au plus haut niveau de l’État.
Il est urgent de se syndiquer pour faire entendre nos voix (administratifs, enseignants, techniciens), d’autres voix que celles qui se sont exprimées jusqu’à présent.

sneadcgtblog.wordpress.com — snead@fercsup-cgt.net / snead-sga@fercsup-cgt.net

Un bilan « globalement positif »

Menaces de fermetures d’écoles, difficultés budgétaires, conflits à répétition entre les administrateurs et les enseignants, précarisation des enseignants, surcharge de travail ou accroissement des équipes administratives, mise en concurrence des écoles, salaires insuffisants, effets de communication et d’image dominants, dérives autoritaires, césure entre écoles nationales et écoles territoriales, absence de réflexion pédagogique, dégradation du statut des enseignants, un « bilan globalement positif » de la réforme selon l’Andéa…

à lire ici : http://www.letudiant.fr/educpros/entretiens/andea-plan-marshall-pour-enseignements-artistiques-s-impose.html