DN MADE et CPES-CAAP : Education Nationale et Ecoles d’art, la concurrence ?

Derrière les acronymes DN MADE et CPES-CAAP se cachent deux nouvelles formations offertes par l’Education Nationale.

La première, le Diplôme National des Métiers d’Art et du Design résulte de la fusion des MANAA (Mises à niveau en Arts Appliqués), des BTS Arts Appliqués et des DMA (Diplômes de métiers d’art) déjà existants en lycée. Cette licence est donc proposée dans ces mêmes lycées, après le baccalauréat, et bénéficie de l’apport théorique d’enseignants d’université. Elle entre directement en concurrence avec les options Design et Design Graphique des écoles supérieures d’Art.

Les secondes, les Classes Préparatoires à l’Enseignement Supérieur- Classes d’approfondissement en Arts plastiques préparent aux concours d’entrée dans les écoles supérieures d’art. Lorsqu’elles sont en partenariat avec des universités (et des écoles supérieures d’art), l’enseignement est validé par 60 crédits et permet l’accès en deuxième année à l’Université sous réserve de la cohérence du cursus. Un étudiant ayant obtenu ses 60 crédits et qui serait accepté lors du concours d’entrée dans une école d’art obtiendrait donc son DNA (licence) trois ans plus tard, avec 240 crédits au lieu des 180 requis (!). Ces formations entrent directement en concurrence avec les classes préparatoires proposées par les écoles d’art, municipales ou supérieures, mais aussi les premières années des écoles supérieures d’art.

Quelle est la cohérence d’une telle politique de l’éducation artistique ? Le Ministère de la Culture ne voit pas de menace réelle dans l’émergence de ces formations en lycée. Nous, si. Les concours d’entrée nous offrent chaque année l’occasion de dénombrer la quantité de candidats issus de MANAA qui cherchent à s’inscrire en école supérieure d’art et de design. Ils n’auront plus cette peine désormais puisque leurs lycées leur proposeront des licences de Design ou de Design graphique. A moins que, titulaires d’une première année préparatoire, ils prétendent légitimement entrer directement en seconde année par commission d’équivalence ou s’inscrire en deuxième année en Arts Plastiques à l’Université avec, là encore, des possibilités ultérieures d’équivalences.

Quelle est la stratégie du Ministère de l’Education Nationale lorsque des licences sont attribuées dans les lycées et non dans les universités ? Ci-dessous un extrait d’une déclaration de la FERC-sup qui permet d’y voir un peu plus clair dans la restructuration en cours:

Parachever la politique de restructuration

Les grandes manœuvres en cours dans les Communautés d’universités et d’établissements (ComUE), à Paris Seine, Paris Saclay ou à Lyon, annoncent la prochaine étape de la restructuration des universités : séparer une entité assignée à la recherche (masters, doctorats) et destinée à fusionner avec les Écoles et organismes de recherche d’un côté, et de l’autre, des collèges universitaires chargés de répartir les masses dans la diversité des parcours, notamment de nouveaux parcours « professionnalisants », dont peu mèneront en master. Les nouvelles Universités de recherche sauront aller chercher leurs étudiant·e·s dans les filières sélectives qu’elles organiseront parfois elles-mêmes. La politique de restructuration et d’autonomie des établissements apparaît ainsi comme l’outil d’un système de tri, assignant chacun, de la seconde à la L3, dans des parcours et des établissements d’« excellence » ou de relégation. On peut imaginer que les collèges universitaires pourront opérer avec des enseignants « moins » chercheurs, acceptant des charges d’enseignement plus lourdes sous couvert d’ « excellence » et de « primes » pédagogiques.

 

Pour approfondir :

http://www.onisep.fr/Pres-de-chez-vous/Centre-Val-de-Loire/Orleans/Se-former-dans-ma-region/S-informer-sur-l-enseignement-superieur/Apres-le-Bac2/Le-nouveau-diplome-des-metiers-d-art-et-du-design-DN-MADE

http://eduscol.education.fr/arts-plastiques/sinformer/enseignement-superieur/classes-preparatoires/cpes-classes-dapprofondissement-en-arts-plastiques-caap.html

Publicités

Intervention

Intervention d’Etienne Cliquet, enseignant à l’ISDAT, le jeudi avril à 12h dans l’amphithéâtre de la médiathèque José Cabanis à Toulouse dans le cadre du colloque LabBooks (programme de recherche mené par Jérôme Dupeyrat, Laurence Cathala, Sébastien Dégeilh et Olivier Huz à l’ISDAT)

« J’interviens ici en qualité de professeur de l’école d’art et au titre de l’intersyndicale des écoles supérieures d’art territoriales, constituée par le Syndicat national des écoles d’art et de design CGT, Sud Collectivités territoriales et la FSU (Snu’ter).

À la demande de mes collègues, je souhaite vous faire part des conditions de la recherche en école d’art pour en dénoncer les impasses.

Depuis 2002, les écoles d’art françaises ont adopté la réforme dite du LMD : Licence Master Doctorat. Depuis lors le ministère de la culture et celui de l’enseignement supérieur veillent à ce que toutes les écoles d’art « s’adossent à la recherche », selon une formule consacrée, ce qui est une condition requise pour délivrer des diplômes de grade Master.

Mais depuis 2002, soit depuis 16 ans déjà, la recherche s’effectue au sein de nos établissements en plus des missions d’enseignements que nous avions déjà, sur le strict principe d’un sur-travail, qui plus est bénévole. Malgré les promesses réitérées par le ministère de la culture notamment, aucune revalorisation du statut des professeurs d’écoles d’art territoriales n’a abouti à ce jour. De petites décharges horaires à la limite qui s’avèrent le plus souvent impossible à mettre en application.

Qui plus est, notre travail a quantitativement augmenté en faisant l’objet d’évaluation renforcées qui induit mécaniquement de nouvelles charges de travail pour les personnels administratifs et techniques des écoles.

C’est dans ce contexte que travaillent aujourd’hui mes collègues au sein du programme de recherche LabBooks. Ce fût mon cas également. Certain.e.s collègues se sont investis plus de dix ans dans la recherche sans que leurs efforts ne soient soutenues de façon normale. On peut citer au sein du département beaux-arts de l’ISDAT, les programmes de recherche « Art et philosophie », « Malerei 2020 » puis « Genre 2030 » en option art, ou « Global Tools » en option design parmi d’autres. « 

Alors comment une telle situation est arrivée à se maintenir ?

« La réponse est assez banale. En nous mettant en compétition entre les écoles à l’échelle nationale, et entre les collègues eux-mêmes au sein de chaque établissement. À l’échelle nationale, les écoles répondent à des appels à projets de recherche pour quelques dizaines de milliers d’euros, soit des clopinettes dans ce contexte. Les financements de ces programmes de recherche, devenus essentiels pour la reconnaissance des écoles et l’accréditation de leurs formations, induisent des coûts qui sont très largement supérieurs aux financements auxquels il est possible d’accéder par le ministère de la culture en particulier, alors que ce dernier est la principale tutelle pédagogique et scientifique des écoles d’art.
Au sein des établissements, les professeurs sont souvent choisis à la discrétion des directions pour faire de la recherche. Je souligne au passage que les directeurs/trices bien souvent ne sont pas des pairs au sens où il ne sont pas en activité dans le champ de l’art et du design. À l’isdaT, il existe certes un conseil scientifique qui tient lieu d’espace de discussion, mais juridiquement, il n’est que consultatif. Et dans encore trop d’écoles, ces conseils n’ont pas encore été mis en place. Au fil des ans, des équipes de recherche se forment, produisent un travail remarquable puis se disloquent bien souvent, par lassitude et par fatigue. À la fois pour les artistes ou designers et pour les théoriciens, tous ces efforts passés à tenir la recherche à bout de bras et à coup de dossiers se fait au détriment de leur propre pratique.

La situation a empiré depuis 2010. Le Ministère de la culture a imposé un changement du statut administratif de nos écoles pour qu’elles deviennent des EPCC (Établissements Publics de Coopération Culturelle), un régime juridique induisant une soi-disant autonomie nécessaire à la délivrance des diplômes de l’enseignement supérieur européen. Or cela n’a fait qu’augmenter la charge de travail pour tous les personnels en complexifiant la gouvernance des établissements. Le Ministère de la Culture multiplie ainsi les réformes tout en se désengageant, laissant les écoles territoriales tributaires des politiques locales, sans l’autonomie qui justifiait le passage à l’EPCC.

Il y a bien sûr depuis plus de dix ans des grands séminaires de la recherche auxquels nous sommes conviés pour faire bonne figure sur la photo de famille et maintenir un semblant d’harmonie. Mais des écoles ferment (Reuil-Malmaison, Perpignan). D’autres se sont battues au tribunal administratif plusieurs années pour obtenir de participer démocratiquement au recrutement de leur directeur (Bordeaux). Et partout, les équipes sont surmenées et contraintes par des statuts dont maints rapports spécialisés ont pointé qu’ils sont totalement inadaptés à l’enseignement supérieur.

Il faudrait détailler ce triste constat beaucoup plus en profondeur. Pour cela vous pouvez notamment consulter les communiqués de l’intersyndicale des écoles d’art territoriales sur le site du Snéad.

Il nous semblait en tous cas essentiel que dans un contexte tel que celui de ce colloque, cette réalité de notre travail soit rendue publique. Je vous remercie donc pour votre écoute. »

La CFDT rejoint les positions de l’Intersyndicale des écoles d’art territoriales

La CFDT (quatre fédérations réunies) vient d’envoyer une lettre accompagnée d’un argumentaire aux quatre ministres en charge des écoles supérieures d’art territoriales (Culture, Enseignement supérieur, Intérieur, Budget). Elle rejoint ainsi l’Intersyndicale Snéad/Sud territoriaux/SNU’ter (FSU) sur l’une de ses revendications : l’intégration des enseignants des écoles territoriales au corps des professeurs des écoles nationales. Ce dont on ne peut que se féliciter.

20180328_Ecoles d_art_Courrier aux ministres signé-120180328_Ecoles d_art_Courrier aux ministres signé-2

Mission flash / écoles supérieures d’art

À l’issue de nombreux entretiens entre l’intersyndicale des écoles supérieures d’art territoriales et les députés des différents groupes parlementaires de l’Assemblée Nationale, Bruno Studer, président de la Commission des Affaires culturelles et de l’Éducation, va proposer au bureau de la Commission la constitution d’une mission flash au sujet des écoles d’art.

Les missions « flash » ont été mises en place en début de législature et permettent de réunir l’ensemble des acteurs concernés par un sujet spécifique (avec un minimum de deux membres) pour une mission d’information rapide. Ces missions donnent lieu à des auditions et à l’élaboration d’un rapport qui pourront s’avérer très utiles pour étudier les scénarios possibles de sortie de crise de nos écoles.

Nous remercions tous les députés ayant soutenu cette action.

Notre intersyndicale s’engage évidemment à contribuer à la réflexion collective avec tous les moyens à sa disposition.

IsdaT (Toulouse) : préavis de grève pour le concours d’entrée

Dans le contexte actuel de réforme de l’enseignement supérieur, la mise en place des EPCC pour les écoles supérieures d’art et design (leur mode de gouvernance, les réunions d’établissements qui ont eu lieu pour la majorité des écoles) ainsi que les nouvelles missions demandés aux personnels, ont généré des dysfonctionnements qui se font lourdement ressentir sur les équipes et qui menacent de façon toujours plus accrue leur travail et la stabilité des écoles.
Les causes des différentes crises qui s’installent dans nos écoles sont les mêmes, les conséquences peuvent varier en fonction des différents contextes locaux. Le cas de Toulouse est très spécifique, en raison de la création d’un EPCC qui réunit l’ancienne école des Beaux-arts et le Centre d’Études Supérieures Musique et Danse. Ce rapprochement s’est fait en l’absence de tout projet pédagogique et scientifique, et alors qu’il n’en existe pas plus aujourd’hui, la présidence de l’EPCC entretient l’illusion d’une transdisciplinarité qui n’existe pas, et qui n’a pas nécessairement vocation à se mettre en place de façon structurelle dans la mesure où les objectifs et les enjeux de formation des deux départements (« beaux-arts » et « spectacle vivant ») sont très différents. Ceci a pour effet de mal informer les étudiants et futurs étudiants de l’isdaT, ainsi que les partenaires pédagogiques et professionnels de l’établissement, en leur donnant une vision erronée de l’identité de l’établissement et en créant des attentes qui ne peuvent être satisfaites, étant fondées sur des malentendus et de fausses informations. Pour autant, si ce rapprochement est artificiel, il a eu des effets très concrets en terme d’accroissement des charges de travail du personnel, et les deux départements pâtissent d’une mauvaise gestion de leur articulation au sein de l’EPCC.
Qui plus est, depuis bientôt un an il n’y a plus de direction générale, la dernière directrice ayant démissionné en raison d’un désaccord avec les personnalités publiques fondatrices et financières de l’EPCC au sujet de la gouvernance de l’école et de son organigramme de direction. Un recrutement est en cours, mais dans ce contexte général, les personnels sont inquiets et en l’absence d’un véritable dialogue social qui doit se conduire en concertation avec l’ensemble des personnalités publiques de l’EPCC (ville, métropole, et l’État représenté par la Drac), ils viennent de déposer un préavis de grève durant les 3 jours de leur concours d’entrée (ci-dessous).

En l’état actuel, après 16 ans de lutte contre une réforme, des décrets et quantité de mesures qui, les uns après les autres, ont affaibli le service public de l’enseignement artistique et précarisé les personnels, il est plus que nécessaire d’instaurer de tels rapports de force avec nos employeurs et avec l’Etat pour nous faire enfin entendre !

Pour le Snéad-CGT : Jérôme Dupeyrat et Alain Bourges

 

snéad logoSud Logo

 

Toulouse, le 15 mars 2018

Mme Catherine Blanc Présidente du conseil d’administration de l’isdaT
5 quai de la Daurade
31000 Toulouse
Objet : Préavis de grève

 

Conformément à l’article L2511-1, L2512-1 et suivants du Code du travail, nos deux syndicats déposent auprès de vous un préavis de grève pour les journées du 16 au 18 avril 2018, de 7h à 20h.
Nous attirons votre attention sur le fait que ce préavis est valable pour l’ensemble des personnels du département beaux-arts de l’isdaT.

Par cette action, nous souhaitons affirmer notre volonté de voir s’ouvrir de véritables négociations en vue du règlement des revendications portées par l’action de ces personnels.

Nous contestons en effet :

– Des choix de communication de l’isdaT et des prises de position de sa présidence qui établissent une identité en contradiction avec la réalité des parcours pédagogiques qui y sont proposés, en contradiction avec les directions pédagogiques et scientifiques validées par les instances représentatives et délibératives de l’EPCC (Conseil d’administration, Conseil des études et de la vie étudiante, Conseil scientifique), et en contradiction avec l’autonomie pédagogique des deux départements de l’isdaT telle qu’elle est définie par les statuts de l’établissement ;
– L’accroissement des charges et des missions qui portent sur les personnels de l’isdaT — tant les personnels administratifs et techniques que pédagogiques — depuis la création de l’EPCC ;
– Le statut inadapté de l′EPCC et de son mode de gouvernance par rapport à ces missions ;
– Le statut inadapté des personnels enseignants pour les missions qu’ils exercent aujourd’hui.

Dans ce cadre :

– Nous demandons que soit inscrit à l’ordre du jour des prochains Conseil d’administration, Conseil des études et de la vie étudiante et Conseil scientifique de l’isdaT, l’adoption d’un texte de référence pour la présentation de l’établissement, qui soit conforme à la réalité du travail qui y est conduit par ses équipes et qui respectent les orientations émanant des diverses instances représentatives et délibératives de l’EPCC.
– Nous demandons que soit inscrit à l’ordre du jour du prochain Conseil d’administration de l’isdaT une discussion sur l’article 9 des statuts de l’établissement afin d’établir une plus grande représentation des personnels au sein du Conseil d’administration, seule voie possible pour une gouvernance véritablement démocratique et qui soit en adéquation avec le travail des équipes.
– Nous demandons le renforcement des moyens financiers, humains et logistiques nécessaires au fonctionnement d’un établissement d’enseignement supérieur qui doit assurer des missions pédagogiques et des missions scientifiques évaluées avec des exigences toujours plus élevées, et ce au sein de deux départements (beaux-arts et spectacle vivant) respectivement dotés de trois options pour l’un (art, design et design graphiques) et de deux options pour l’autre.
– Nous demandons une prise de position et un soutien affirmés des personnalités publiques siégeant au Conseil d’administration de l’isdaT en ce qui concerne :
1) L’évolution du statut des personnels en école supérieure d’art et de design
2) L’évolution nécessaire du statut de l′EPCC afin de répondre aux spécificités de l’école et d’en permettre la gestion de façon démocratique.

Veuillez croire, Madame, en l’expression de nos salutations respectueuses.

 

signature SudPour le Snéad-CGT
Le Co-Secrétaire général
Alain Bourges

signature AB

 

 

 

Copie à :

Madame Danielle Buys, Vice-présidente du conseil d’administration l’isdaT
Monsieur Alain Gonzalez, directeur administratif de l’isdaT
Monsieur Laurent Roturier et Mme Marie-Béatrice Angelé, représentants de l’État au Conseil d’administration de l’isdaT
Monsieur David Mozziconacci, directeur pédagogique de l’isdaT beaux-arts

 

Fédération SUD Collectivités Territoriales
31, rue de la Grange aux Belles 75010 Paris – Tél : 01 58 39 32 09
Site : http://www.sud-ct.fr – mail : fedesudct@gmail.com

SNEAD-CGT
17, cours Cafferalli 14000 Caen
Site : https://www.facebook.com/Sneadcgt/ – mail :sneadcgtblog.wordpress.com

 

France-Culture 13/03/2018

https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/artistes-a-loeuvre-24-a-lecole-des-beaux-arts

à 22’50 » : « Les écoles d’art se cherchent elles-aussi. A Bordeaux comme ailleurs. Leur changement de statut a mis en exergue le risque d’un enseignement artistique à deux vitesses : 12 000 étudiants répartis dans 11 écoles nationales supérieures d’art d’un côté, financées par l’Etat, et 34 écoles d’art territoriales de l’autre, à la charge de municipalités ou de métropoles qui ne comprennent pas toujours pourquoi mais aussi comment financer cet enseignement supérieur. »

à 24’56 » : « Depuis 2012, la participation de l’Etat au financement des écoles d’art territoriales, réduite à moins de 10%, ne cesse de diminuer. Fermeture à Rueil-Malmaison en 2011, à Perpignan en 2016. Malaise budgétaire à Avignon, Angoulême, Tourcoing, Marseille ou Besançon. Projet de fusion dans le Nord de plusieurs écoles, problèmes de gouvernance à Caen, Paris, Rennes et à Bordeaux (…) Les écoles d’art sont sous pression politique et budgétaire. »

 

Intersyndicale : Compte-rendu des rencontres à l’Assemblée nationale

Différentes délégations de l’Intersyndicale des écoles supérieures d’art territoriales (Snéad-CGT, SUD CT et FSU-SNUter) ont rencontré les députés Sabine Rubin et Michel Larive (FI), George Pau Langevin (PS), Fannette Charvier (LREM), Marie-George Buffet (PC) et Michèle Victory (PS) afin de leur exposer la situation de l’enseignement supérieur artistique public.

DSCF1773
de gauche à droite, Camille Court (collaborateur parlementaire de Sabine Rubin), Sarah Fouquet et Maxime Thieffine (Snéad-CGT, ésam Caen/Cherbourg), Michel Larive (député FI de l’Ariège), Sabine Rubin (députée FI de Seine-Saint-Denis, Mathilde Julié Viot (collaboratrice parlementaire FI). Photo prise par Michaël Quemener (Snéad-CGT, ésam Caen/Cherbourg).

Elles leur ont rappelé la diversité exceptionnelle de l’offre pédagogique que dispensent l’ensemble de ces 45 écoles supérieures d’art, nationales comme territoriales, leur importance territoriale mais également leur spécificité unique dans le paysage de l’enseignement supérieur européen ainsi que la dimension extrêmement professionnalisante de leurs formations. L’intersyndicale a rappelé le choix problématique de l’État d’imposer les EPCC (Établissements Publics de Coopération Culturelle) comme organisation de libre administration aux écoles territoriales d’art pour répondre aux exigences du LMD. Elle s’est appuyée sur un rapport de 2012 du Sénat, qui précisait que les statuts n’étaient pas adaptés aux missions de l’enseignement supérieur ni aux personnels en place. Jamais ces écoles n’ont été aussi contraintes par les enjeux de politique locale. Les instances dysfonctionnent. Les Conseils d’Administration sont tout puissants mais les personnels y sont trop peu représentés, éloignant l’arbitrage budgétaire de la réalité du terrain de ces écoles. Les Comités Techniques, quand ils fonctionnent, sont soumis aux CA qui peuvent passer outre leur décisions, et ne s’en privent pas. Les Conseils Scientifiques, quand ils existent, se mettent en place de façon empirique, faute d’encadrement légal. Les personnels dépendant des Centres de Gestion et les CAP (Commissions Administratives Paritaires) deviennent simplement consultatives face à la toute puissance des directions de ces établissements.

Dans la plupart des cas, les EPCC sont financés à 80% par les collectivités territoriales qui n′ont pas compétence pour l’enseignement supérieur et peuvent se retirer à tout moment (par exemple : fermeture de l’école d’art de Perpignan en 2016, abandon politique de l’école d’art d’Avignon, toujours en sursis, désaccords politiques pour l’avenir des écoles du Nord, menace de fermeture il y a deux ans à Angoulême quand le Maire a voulu retirer les 20% de la ville…), parfois la Région apporte 10% et l’investissement de l’État oscille entre 7 et 13% suivant les établissements.

Les personnels sont dans des situations de grande souffrance : violences managériales, dérives statutaires « pour les besoins du service », non respect des décrets, glissements et surcharges des missions… Les règles de la Fonction Publique Territoriale semblent parfois s’arrêter aux portes de nos écoles au nom de la libre interprétation de décrets trop flous et dont la loi sur la décentralisation, mal pensée politiquement, permet en fonction des « besoins du service », qui s’accroissent au moment où les recrutements se raréfient. Les EPCC regorgent d’inventions lorsqu’il s’agit de répondre aux injonctions économiques des élus locaux. Cf > https://sneadcgtblog.wordpress.com/2017/10/21/de-la-modernisation-de-lenseignement-artistique-francais/

L’intersyndicale a demandé l’ajout d’un amendement propre aux établissements d’enseignement supérieur d’art dans la Loi n° 2002-6 du 4 janvier 2002 relative à la création d’EPCC en vue d’y imposer pour les écoles des règles de fonctionnement démocratiques et une parité financeurs/personnels dans le respect des spécificités de leurs activités.

 

DSCF1785
de gauche à droite, Margaux Wagner (collaboratrice parlementaire), George Pau Langevin (députée PS de Paris), Sarah Fouquet (Snéad-CGT, ésam Caen/Cherbourg).Photo prise par Michaël Quemener (Snéad-CGT, ésam Caen/Cherbourg).

Les écoles territoriales et leurs personnels n’ont plus d’interlocuteur identifié. Trop de tutelles empêchent tout travail de concertation. À qui s’adresser ? Qui décide ? Le Ministère de la Culture ? Tutelle pédagogique des écoles, donneur d’ordres mais non employeur ? Le ministère de l’Action et des Comptes publics en charge des fonctionnaires territoriaux ? Le ministère de l’Intérieur en charge des collectivités territoriales ? Le ministère de l’Enseignement Supérieur, qui accrédite les diplômes mais ne participe pas financièrement ? Le ministère du Budget ?

Il s’agit d’un problème interministériel qui relève de Matignon. En répondant fin janvier au courrier de Laurence Dumont (députée du Calvados), le Premier ministre disait transmettre le dossier à la ministre de l’Enseignement Supérieur. Réflexe qui a paru intéressant aux yeux de tous les élus rencontrés, tant il paraît logique au vu de la nature des enjeux. Hervé Saulignac (député PS de l’Ardèche) avait lui-même récemment estimé que le ministère de la Culture et le ministère de l’Intérieur ne donnant pas suite aux sollicitations, il ne lui restait qu′à adresser sa question publique à la ministre en charge de l’Enseignement Supérieur. La question a été redirigée au ministère de tutelle de nos écoles, à la Culture, donc, sans issue.

L’intersyndicale des écoles supérieures d’art territoriales demande le réengagement de l’État dans nos financements afin d’assurer la continuité du service public, afin de conforter les investissements des collectivités territoriales, afin de veiller au respect des cadres statutaires et de permettre une véritable mission de l’enseignement supérieur, avec les moyens nécessaires.

Le ministère de la Culture ne donne pas suite aux différentes sollicitations de l’intersyndicale des écoles supérieures d’art territoriales. Il préfère travailler avec l’Association nationale des écoles d’art (ex Association nationale des directeurs des écoles d’art), qu’il subventionne massivement et à laquelle les écoles sont sommées de payer des cotisations en proportion de leurs effectifs. Il externalise ainsi ses missions à une association sans passer par une concertation avec les organisations syndicales, représentatives des personnels.

L’intersyndicale des écoles supérieures d’art territoriales demande une rationalisation de nos tutelles pour optimiser le dialogue social et le bon fonctionnement de nos établissements. Il ne peut pas y avoir à mission égale, avec obligation de résultat égal, 10 écoles avec un seul ministère de tutelle, employeur unique, l’État, et 35 avec 5 tutelles qui ne parviennent pas à se réunir et à s’entendre.

Alors qu’à la veille des dernières élections présidentielles l’intersyndicale avait obtenu une première réunion interministérielle et un calendrier prévisionnel de négociations pour la revalorisation des PEA (Professeurs d’Enseignement Artistique) enseignement supérieur, les services du ministère de la Culture ont commis l’impair de publier un décret sur les classes préparatoires publiques, contraignant les PEA à assurer des formations non-diplômantes, brèche supplémentaire dans leurs statuts déjà imparfaits de 1991. La Direction Générale de la Création Artistique a reconnu qu’ils avaient omis de consulter les organisations syndicales. Certains enseignants recrutés initialement dans des formations diplômantes pour travailler avec des étudiants se retrouvent ainsi contraints d’intervenir « pour les besoins du service » dans des classes préparatoires non diplômantes auprès d’élèves. La revalorisation ? L’injonction à faire de la recherche ? Tout cela semble bien compromis.

L’intersyndicale des écoles supérieures d’art territoriales demande la suppression immédiate de l’alinéa 7 de l’article D 719-11 du Décret n° 2017-718 du 2 mai 2017 qui contredit l’article 2 du Décret n°91-857 du 2 septembre 1991 portant sur le statut particulier du cadre d’emplois des professeurs territoriaux d’ensei­gnement artistique, ruinant ainsi nos statuts.

Les différents députés rencontrés se sont accordés pour constater que le ministère de la Culture n’avait sans doute pas les épaules pour cette mission d’enseignement supérieur artistique. Il ne parvient plus à s’occuper des 45 écoles d’art qui sont à sa charge. En tant qu’employeur direct il prépare une deuxième phase de revalorisation des enseignants des écoles nationales pour mettre en place la recherche et pérenniser les diplômes de 2ème cycle mais pour les 35 autres écoles territoriales il se contente de promettre depuis 16 ans que leur tour viendra mais qu’au nom de la libre administration des EPCC, qu’il a lui-même orchestrée, il ne peut intervenir directement.

Le ministère de la Culture a missionné France Urbaine pour tenter d’évaluer une deuxième fois (cf. un rapport de 2015 inachevé) le coût d’un alignement PEA-PEN (Professeurs des Écoles Nationales). Les premiers retours affolent les CA qui estiment à 240 000€ le coût annuel supplémentaire pour un EPCC moyen, seul ou sur deux sites, d’environ 35 enseignants. Impossible à supporter en période d’austérité. Ainsi certaines écoles essaieront tant bien que mal de trouver quelques financements pour la recherche, hors-sol, sans statuts adaptés pour les enseignants, qui rempliront donc cette nouvelle mission gratuitement et sans reconnaissance dans le paysage de l’enseignement supérieur. Ces écoles arriveront momentanément à sauvegarder leurs grades de master. Les autres, les plus pauvres, les moins soutenues, n’y parviendront pas et seront sanctionnées par l’HCERES (Haut Conseil de l’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur) qui leur impose les mêmes critères qu’aux écoles nationales. Elles perdront leur grade de master puis videront leurs effectifs… Puis quoi ? On les ferme ? Combien de crises ou de fermetures pour que le ministère de la Culture arrive tant soit peu à suivre ses écoles d’art ? Le CNESERAC (Conseil National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Artistiques et Culturels) qui s’est fondé au nom du respect de la spécificité de la filière culture n’est-elle pas le meilleur outil pour isoler les écoles supérieures d’art du véritable débat, avec ses pairs universitaires, au CNESER (Conseil National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche) ?

Sachant que les statuts de revalorisation des PEN sont sur le point d’être publiés, que ces enseignants ont les mêmes carrières, les mêmes missions, préparent aux mêmes diplômes, dépendent de la même feuille de route, ont les mêmes objectifs, tant en matière de pédagogie que de recherche que leurs collègues PEA, la solution d’un corps unique des enseignants des écoles supérieures d’art publiques revendiqué par l’intersyndicale des écoles supérieures d’art territoriales s’impose. Il s′agit donc de définir une tutelle ministérielle qui soit à la fois la tutelle pédagogique et l’employeur, afin de garantir la spécificité des formations et leur pérennité.

Dans cette nouvelle architecture et au vu des besoins d’encadrement dans les écoles supérieures d’art, il devient impératif de fermer les recrutements d’ATEA (Assistants Territoriaux d’Enseignement Artistique) et de permettre à tous les ATEA devenus « pour les besoins du service » des enseignants de catégorie B dans les EPCC, avec plus d’heures d’enseignement et une grille de rémunération moindre, d’être intégrés à ce nouveau corps.

IMG_1593
de gauche à droite : Fannette Charvier (députée LREM du Doubs), Michel Gary (SUD CT, Toulouse). Photo prise par Sarah Fouquet (Snéad-CGT, ésam Caen/Cherbourg).

L’intersyndicale des écoles supérieures d’art territoriales demande la création d’un corps unique de fonctionnaires pour des missions égales de PEA, PEN et favoriser son accès immédiat aux actuels ATEA, effectuant les mêmes missions et dont le statut est devenu totalement obsolète dans nos écoles supérieures d’enseignement artistique. Il faut que les règles de titularisation soient, de fait, harmonisées. Rappelons qu’un candidat qui passe une série d’épreuves lors de son entretien d’embauche dans une école nationale passe en même temps son concours de la fonction publique d’État, quand un candidat recruté dans une école territoriale n’obtient qu’un CDD renouvelable en attendant l’ouverture par le CNFPT d’un poste par voie de concours. En cas de réussite à un concours du CNFPT, après un an de stage, le PEA récupère la moitié de son ancienneté, sur une grille de professeur certifié.

Il ne peut pas y avoir d’un côté des PEA qui réussissent des entretiens d’embauche sur site mais dont le concours est fermé depuis 5 ans qui stagnent à des échelons trop bas, renouvelant 6 fois un CDD d’un an, et de l’autre côté des enseignants qui réussissent leur embauche sur site et leur concours national en même temps (sachant aussi que les écoles d’art nationales et territoriales recrutent actuellement plus de contractuels qu’elles n’ouvrent de postes de titulaire).

Les personnels en charge des ateliers techniques dans les écoles d’art auxquels on impose de plus en plus de formation auprès des étudiants, (techniciens/chefs d’atelier/maîtres d’art mais parfois aussi ATEA), doivent voir leurs statuts également revalorisés et harmonisés, tant dans les écoles d’art nationales que territoriales. Car un EPCC qui emploie directement son personnel et qui ferme, ce sont des enseignants et des chefs d’atelier qui ne peuvent retrouver au sein des services des collectivités des métiers et missions équivalentes, aucun transfert de compétences possible dans ce cas. L’État doit donc se réengager aux côtés des collectivités territoriales et prendre à leur charge les personnels relevant de la spécificité des enseignements propres aux écoles d’art.

Les différents groupes parlementaires se proposent d’interpeler le président de la commission culture de l’Assemblée Nationale pour une mission flash. Tous se sont accordés sur l’absurde complexité de la situation actuelle des 35 écoles supérieures d’art territoriales et la nécessité de trouver des solutions urgentes. La multiplicité des tutelles rendant toutes concertation sur le dossier des écoles d’art territoriales impossible, le ministère de tutelle pédagogique actuel ne pouvant adapter les statuts des enseignants aux missions de l′enseignement supérieur, tous les élus nationaux rencontrés ont estimé que le ministère de l’Enseignement Supérieur devait s’impliquer à un niveau ou à un autre dans ce chantier, certains pensant même que les statuts des enseignants devraient logiquement relever de ce ministère.

Les députés rencontrés ont admis que les nouvelles missions de l’enseignement supérieur et de la recherche engagées par les accords de Bologne sur le LMD demandent une étude globale sur les EPCC, et donc les statuts mêmes des établissements, avec les acteurs concernés. Ils ont reconnu la complexité technique du dossier mais ont manifesté leur étonnement que des solutions n’aient pas été trouvées depuis longtemps, reconnaissant qu’une volonté politique sérieuse permettrait une sortie de crise rapide.

Ce réengagement de l’État, qui assurerait la continuité de ce service public sur l’ensemble du territoire permettrait aux collectivités territoriales en charge de ces établissements de consolider leur implication en période d’austérité budgétaire. Cela ne se fera pas sans repenser et amender la loi sur les EPCC, revoir en profondeur leurs statuts fondateurs et la démocratisation de leurs instances.

Ces questions relevant de compétences interministérielles, les différents groupes parlementaires s’emploieront à interpeller le Premier ministre.

RV intersyndicale Marie-Georges Buffet
de gauche à droite : Michel Gary (Sud, Toulouse), Sarah Fouquet (Snéad, Caen-Cherbourg), Marie-George Buffet (députée PC de la Seine Saint-Denis), Laurent Buffet (Snéad, Caen-Cherbourg).

 

Concours d’entrée

Il est toujours aussi difficile pour les administrations de certaines écoles d′art de respecter les textes réglementaires dès lors qu′elles n′y trouvent pas un avantage. Une nouvelle démonstration va en être donnée, comme tous les ans, à l′occasion des concours d′entrée organisés au printemps.
L′arrêté du 16 juillet 2013 portant organisation de l′enseignement supérieur d′arts plastiques dans les établissements d′enseignement supérieur délivrant des diplômes précise les conditions dans lesquelles ce concours doit être organisé :

Article 4
L’admission au semestre 1 fait l’objet d’une procédure de sélection comprenant quatre épreuves obligatoires :
― une épreuve de pratique artistique ;


― une épreuve écrite destinée à évaluer la culture générale et la maîtrise de la langue française du candidat ;
― une épreuve de langue ;
un entretien avec un jury composé de trois professeurs nommés par le directeur.


L’entretien a pour objet de mesurer le parcours et la motivation du candidat.
Les décisions du jury sont prises à la majorité absolue de ses membres.
La décision du jury d’admission ou de non admission est notifiée au candidat par le directeur de l’établissement. Chaque établissement peut prévoir des épreuves d’admissibilité supplémentaires dans les conditions prévues par le règlement des études.

Les choses sont clairement exprimées en ce qui concerne la composition des jurys : 3 professeurs.
… Mais on sait que les fonctions d′un professeur, recruté à un niveau d’études supérieures, sur la base d′une carrière artistique conséquente, sont à la portée de tout un chacun. C′est pourquoi, un certain nombre d′écoles n′hésitent pas à composer des jurys comprenant des bibliothécaires, des techniciens ou des agents administratifs. C’est dire qu’encore une fois, la gestion (d’une épreuve) passe avant la fonction pédagogique. Sans compter que le procédé étant illégal, il met l′ensemble de l′épreuve en danger puisque n′importe quel candidat refusé est en droit de déposer un recours au tribunal administratif et de faire annuler toute l′épreuve. Qu′importe, tant que personne ne s′en aperçoit ni ne proteste…