335

Publicités

Intervention

Intervention d’Etienne Cliquet, enseignant à l’ISDAT, le jeudi avril à 12h dans l’amphithéâtre de la médiathèque José Cabanis à Toulouse dans le cadre du colloque LabBooks (programme de recherche mené par Jérôme Dupeyrat, Laurence Cathala, Sébastien Dégeilh et Olivier Huz à l’ISDAT)

« J’interviens ici en qualité de professeur de l’école d’art et au titre de l’intersyndicale des écoles supérieures d’art territoriales, constituée par le Syndicat national des écoles d’art et de design CGT, Sud Collectivités territoriales et la FSU (Snu’ter).

À la demande de mes collègues, je souhaite vous faire part des conditions de la recherche en école d’art pour en dénoncer les impasses.

Depuis 2002, les écoles d’art françaises ont adopté la réforme dite du LMD : Licence Master Doctorat. Depuis lors le ministère de la culture et celui de l’enseignement supérieur veillent à ce que toutes les écoles d’art « s’adossent à la recherche », selon une formule consacrée, ce qui est une condition requise pour délivrer des diplômes de grade Master.

Mais depuis 2002, soit depuis 16 ans déjà, la recherche s’effectue au sein de nos établissements en plus des missions d’enseignements que nous avions déjà, sur le strict principe d’un sur-travail, qui plus est bénévole. Malgré les promesses réitérées par le ministère de la culture notamment, aucune revalorisation du statut des professeurs d’écoles d’art territoriales n’a abouti à ce jour. De petites décharges horaires à la limite qui s’avèrent le plus souvent impossible à mettre en application.

Qui plus est, notre travail a quantitativement augmenté en faisant l’objet d’évaluation renforcées qui induit mécaniquement de nouvelles charges de travail pour les personnels administratifs et techniques des écoles.

C’est dans ce contexte que travaillent aujourd’hui mes collègues au sein du programme de recherche LabBooks. Ce fût mon cas également. Certain.e.s collègues se sont investis plus de dix ans dans la recherche sans que leurs efforts ne soient soutenues de façon normale. On peut citer au sein du département beaux-arts de l’ISDAT, les programmes de recherche « Art et philosophie », « Malerei 2020 » puis « Genre 2030 » en option art, ou « Global Tools » en option design parmi d’autres. « 

Alors comment une telle situation est arrivée à se maintenir ?

« La réponse est assez banale. En nous mettant en compétition entre les écoles à l’échelle nationale, et entre les collègues eux-mêmes au sein de chaque établissement. À l’échelle nationale, les écoles répondent à des appels à projets de recherche pour quelques dizaines de milliers d’euros, soit des clopinettes dans ce contexte. Les financements de ces programmes de recherche, devenus essentiels pour la reconnaissance des écoles et l’accréditation de leurs formations, induisent des coûts qui sont très largement supérieurs aux financements auxquels il est possible d’accéder par le ministère de la culture en particulier, alors que ce dernier est la principale tutelle pédagogique et scientifique des écoles d’art.
Au sein des établissements, les professeurs sont souvent choisis à la discrétion des directions pour faire de la recherche. Je souligne au passage que les directeurs/trices bien souvent ne sont pas des pairs au sens où il ne sont pas en activité dans le champ de l’art et du design. À l’isdaT, il existe certes un conseil scientifique qui tient lieu d’espace de discussion, mais juridiquement, il n’est que consultatif. Et dans encore trop d’écoles, ces conseils n’ont pas encore été mis en place. Au fil des ans, des équipes de recherche se forment, produisent un travail remarquable puis se disloquent bien souvent, par lassitude et par fatigue. À la fois pour les artistes ou designers et pour les théoriciens, tous ces efforts passés à tenir la recherche à bout de bras et à coup de dossiers se fait au détriment de leur propre pratique.

La situation a empiré depuis 2010. Le Ministère de la culture a imposé un changement du statut administratif de nos écoles pour qu’elles deviennent des EPCC (Établissements Publics de Coopération Culturelle), un régime juridique induisant une soi-disant autonomie nécessaire à la délivrance des diplômes de l’enseignement supérieur européen. Or cela n’a fait qu’augmenter la charge de travail pour tous les personnels en complexifiant la gouvernance des établissements. Le Ministère de la Culture multiplie ainsi les réformes tout en se désengageant, laissant les écoles territoriales tributaires des politiques locales, sans l’autonomie qui justifiait le passage à l’EPCC.

Il y a bien sûr depuis plus de dix ans des grands séminaires de la recherche auxquels nous sommes conviés pour faire bonne figure sur la photo de famille et maintenir un semblant d’harmonie. Mais des écoles ferment (Reuil-Malmaison, Perpignan). D’autres se sont battues au tribunal administratif plusieurs années pour obtenir de participer démocratiquement au recrutement de leur directeur (Bordeaux). Et partout, les équipes sont surmenées et contraintes par des statuts dont maints rapports spécialisés ont pointé qu’ils sont totalement inadaptés à l’enseignement supérieur.

Il faudrait détailler ce triste constat beaucoup plus en profondeur. Pour cela vous pouvez notamment consulter les communiqués de l’intersyndicale des écoles d’art territoriales sur le site du Snéad.

Il nous semblait en tous cas essentiel que dans un contexte tel que celui de ce colloque, cette réalité de notre travail soit rendue publique. Je vous remercie donc pour votre écoute. »

IsdaT (Toulouse) : préavis de grève pour le concours d’entrée

Dans le contexte actuel de réforme de l’enseignement supérieur, la mise en place des EPCC pour les écoles supérieures d’art et design (leur mode de gouvernance, les réunions d’établissements qui ont eu lieu pour la majorité des écoles) ainsi que les nouvelles missions demandés aux personnels, ont généré des dysfonctionnements qui se font lourdement ressentir sur les équipes et qui menacent de façon toujours plus accrue leur travail et la stabilité des écoles.
Les causes des différentes crises qui s’installent dans nos écoles sont les mêmes, les conséquences peuvent varier en fonction des différents contextes locaux. Le cas de Toulouse est très spécifique, en raison de la création d’un EPCC qui réunit l’ancienne école des Beaux-arts et le Centre d’Études Supérieures Musique et Danse. Ce rapprochement s’est fait en l’absence de tout projet pédagogique et scientifique, et alors qu’il n’en existe pas plus aujourd’hui, la présidence de l’EPCC entretient l’illusion d’une transdisciplinarité qui n’existe pas, et qui n’a pas nécessairement vocation à se mettre en place de façon structurelle dans la mesure où les objectifs et les enjeux de formation des deux départements (« beaux-arts » et « spectacle vivant ») sont très différents. Ceci a pour effet de mal informer les étudiants et futurs étudiants de l’isdaT, ainsi que les partenaires pédagogiques et professionnels de l’établissement, en leur donnant une vision erronée de l’identité de l’établissement et en créant des attentes qui ne peuvent être satisfaites, étant fondées sur des malentendus et de fausses informations. Pour autant, si ce rapprochement est artificiel, il a eu des effets très concrets en terme d’accroissement des charges de travail du personnel, et les deux départements pâtissent d’une mauvaise gestion de leur articulation au sein de l’EPCC.
Qui plus est, depuis bientôt un an il n’y a plus de direction générale, la dernière directrice ayant démissionné en raison d’un désaccord avec les personnalités publiques fondatrices et financières de l’EPCC au sujet de la gouvernance de l’école et de son organigramme de direction. Un recrutement est en cours, mais dans ce contexte général, les personnels sont inquiets et en l’absence d’un véritable dialogue social qui doit se conduire en concertation avec l’ensemble des personnalités publiques de l’EPCC (ville, métropole, et l’État représenté par la Drac), ils viennent de déposer un préavis de grève durant les 3 jours de leur concours d’entrée (ci-dessous).

En l’état actuel, après 16 ans de lutte contre une réforme, des décrets et quantité de mesures qui, les uns après les autres, ont affaibli le service public de l’enseignement artistique et précarisé les personnels, il est plus que nécessaire d’instaurer de tels rapports de force avec nos employeurs et avec l’Etat pour nous faire enfin entendre !

Pour le Snéad-CGT : Jérôme Dupeyrat et Alain Bourges

 

snéad logoSud Logo

 

Toulouse, le 15 mars 2018

Mme Catherine Blanc Présidente du conseil d’administration de l’isdaT
5 quai de la Daurade
31000 Toulouse
Objet : Préavis de grève

 

Conformément à l’article L2511-1, L2512-1 et suivants du Code du travail, nos deux syndicats déposent auprès de vous un préavis de grève pour les journées du 16 au 18 avril 2018, de 7h à 20h.
Nous attirons votre attention sur le fait que ce préavis est valable pour l’ensemble des personnels du département beaux-arts de l’isdaT.

Par cette action, nous souhaitons affirmer notre volonté de voir s’ouvrir de véritables négociations en vue du règlement des revendications portées par l’action de ces personnels.

Nous contestons en effet :

– Des choix de communication de l’isdaT et des prises de position de sa présidence qui établissent une identité en contradiction avec la réalité des parcours pédagogiques qui y sont proposés, en contradiction avec les directions pédagogiques et scientifiques validées par les instances représentatives et délibératives de l’EPCC (Conseil d’administration, Conseil des études et de la vie étudiante, Conseil scientifique), et en contradiction avec l’autonomie pédagogique des deux départements de l’isdaT telle qu’elle est définie par les statuts de l’établissement ;
– L’accroissement des charges et des missions qui portent sur les personnels de l’isdaT — tant les personnels administratifs et techniques que pédagogiques — depuis la création de l’EPCC ;
– Le statut inadapté de l′EPCC et de son mode de gouvernance par rapport à ces missions ;
– Le statut inadapté des personnels enseignants pour les missions qu’ils exercent aujourd’hui.

Dans ce cadre :

– Nous demandons que soit inscrit à l’ordre du jour des prochains Conseil d’administration, Conseil des études et de la vie étudiante et Conseil scientifique de l’isdaT, l’adoption d’un texte de référence pour la présentation de l’établissement, qui soit conforme à la réalité du travail qui y est conduit par ses équipes et qui respectent les orientations émanant des diverses instances représentatives et délibératives de l’EPCC.
– Nous demandons que soit inscrit à l’ordre du jour du prochain Conseil d’administration de l’isdaT une discussion sur l’article 9 des statuts de l’établissement afin d’établir une plus grande représentation des personnels au sein du Conseil d’administration, seule voie possible pour une gouvernance véritablement démocratique et qui soit en adéquation avec le travail des équipes.
– Nous demandons le renforcement des moyens financiers, humains et logistiques nécessaires au fonctionnement d’un établissement d’enseignement supérieur qui doit assurer des missions pédagogiques et des missions scientifiques évaluées avec des exigences toujours plus élevées, et ce au sein de deux départements (beaux-arts et spectacle vivant) respectivement dotés de trois options pour l’un (art, design et design graphiques) et de deux options pour l’autre.
– Nous demandons une prise de position et un soutien affirmés des personnalités publiques siégeant au Conseil d’administration de l’isdaT en ce qui concerne :
1) L’évolution du statut des personnels en école supérieure d’art et de design
2) L’évolution nécessaire du statut de l′EPCC afin de répondre aux spécificités de l’école et d’en permettre la gestion de façon démocratique.

Veuillez croire, Madame, en l’expression de nos salutations respectueuses.

 

signature SudPour le Snéad-CGT
Le Co-Secrétaire général
Alain Bourges

signature AB

 

 

 

Copie à :

Madame Danielle Buys, Vice-présidente du conseil d’administration l’isdaT
Monsieur Alain Gonzalez, directeur administratif de l’isdaT
Monsieur Laurent Roturier et Mme Marie-Béatrice Angelé, représentants de l’État au Conseil d’administration de l’isdaT
Monsieur David Mozziconacci, directeur pédagogique de l’isdaT beaux-arts

 

Fédération SUD Collectivités Territoriales
31, rue de la Grange aux Belles 75010 Paris – Tél : 01 58 39 32 09
Site : http://www.sud-ct.fr – mail : fedesudct@gmail.com

SNEAD-CGT
17, cours Cafferalli 14000 Caen
Site : https://www.facebook.com/Sneadcgt/ – mail :sneadcgtblog.wordpress.com

 

Assemblée Générale annuelle du Snéad

Assemblée Générale annuelle du Snéad

L’assemblée Générale du Snéad-CGT se tiendra le 4 juillet à partir de 10 heures au siège de la CGT, à Montreuil, 263 rue de Paris. Métro : Porte de Montreuil.