De la modernisation de l’enseignement artistique français

La Fonction Publique Territoriale n’est pas le monolithe que l’on croit souvent. Contrairement aux idées communément admises, les agents n’y sont pas figés dans des postes contraints par une réglementation tatillonne. Les écoles supérieures d’art (territoriales) offrent sans doute la meilleure illustration du dynamisme qui, au contraire, renouvelle chaque jour les fonctions, l’organisation collective ou les relations employeur-employé. Nous en donnons ici quelques exemples :

* Il existe dans les écoles d’art des « coordinateurs » d’options ou d’années qui sont des enseignants, généralement choisis par la direction (mais que l’on préférerait élus si ce n’était pas trop demander), dont la mission consiste à organiser les bilans, quelques réunions annuelles et parfois le déroulement des diplômes. Pour cette tâche supplémentaire, ils bénéficient en général d’une prime améliorée, appelée ISO variable.
L’ESAL de Metz innove considérablement au sujet de ces coordinateurs en les rebaptisant « managers de proximité » et en redéfinissant leurs missions.
Wikipedia nous renseigne sur cette dénomination curieuse en citant deux auteurs d’essais sur le management : « Michel Barabel et Olivier Meier donnent comme exemple de « manager de proximité » celui d’un chef de rayon des supermarchés Champion. »
La comparaison pourra en choquer certains mais l’ESAL explique plus précisément le rôle de ce « manager de proximité » dans le Guide le l’Entretien Professionnel distribué aux agents. Le rôle du « manager de proximité », est-il dit, est d’encadrer son équipe et d’assurer un rôle d’intermédiaire. Il veille à ce que les objectifs et les missions de l’école se réalisent. Il est donc le lien entre « le projet de l’agent, le projet de l’équipe et le projet de l’établissement ». Le manager de proximité veille également à ce que la communication entre agents et direction fonctionne. Il contribue à la « cohésion de l’équipe pour favoriser un fonctionnement dans un cadre non conflictuel. Leur proximité est un atout qui permet de relier positivement leur équipe à la direction. » Il a la charge de l’évaluation professionnelle annuelle.
Pour ce travail, le manager de proximité touche une prime de 90h en fin d’année après service effectué.
Pour résumer, les « managers de proximité » sont des collègues enseignants, jouissant du même statut que les autres, mais chargés de les encadrer, de les évaluer et d’assurer le lien avec une direction éloignée. Ils la déchargent en tout cas du travail d’évaluation.

* Autre innovation, celle de « responsable d’atelier » mise en place à l’ESAD d’Orléans. La fiche de poste de ces responsables d’ateliers, jusqu’alors rétribués selon la grille des animateurs de centres aérés, est un mélange des fonctions pédagogiques des Assistants et des responsabilités techniques des techniciens et techniciens spécialisés. Selon cette fiche, le « responsable d’atelier » « assiste pédagogiquement l’enseignant responsable du pôle/ou du projet », « participe à l’organisation et au montage des travaux d’étudiants dans le cadre des bilans, accrochages, diplômes, etc… ». Mais il doit également « assurer la maintenance des ateliers, des outils et des machines », veiller « à l’état des stocks en consommables, encres, papiers, etc… », etc. Le tout payé au plus bas.
L’un de ces responsables d’atelier a préféré ne pas reprendre le CDD à temps partiel qui lui était proposé cette année.

* À l’EESAB (Brest, Lorient, Quimper, Rennes), qui a connu une nette réduction de la précarité, le livret de l’Etudiant mentionne au sein de l’équipe pédagogique un enseignant atypique : Conservateur au Musée des Beaux-Arts, il délivre un enseignement d’histoire de l’art à titre gracieux, sur ses heures de travail au Musée. Simultanément, le poste d′un enseignant de Brest parti en retraite n′a pas été pourvu et c′est un « artiste intervenant » sur le seul second semestre qui s′y substitue, « à titre d′expérimentation ». Quimper bénéficie toujours d′une assistante rétribuée comme animatrice.

* À l’ÉSAM Caen/Cherbourg, le glissement des missions des différentes catégories de personnel brouille les spécificités des cadres d’emploi. Les assistants d’enseignement artistique assurent des missions équivalentes à celles des professeurs d’enseignement artistique. Ils assurent les cours, les ateliers dont ils préparent les contenus, en assurent seuls les évaluations, coordonnent les options, accompagnent les étudiants aux diplômes Bac+3 et Bac+5 et suivent des mémoires. Ce sont donc des professeurs d’enseignement artistique à part entière, avec des parcours professionnels similaires et des niveaux de diplômes équivalents, mais qui travaillent plus (20h hebdomadaire et non pas 16h) et sont payés moins. Par ailleurs, il est demandé aux techniciens en charge des ateliers techniques d’assurer des heures de formation, donc des missions pédagogiques, ce qui les fait glisser vers des missions propres aux assistants d’enseignement, sans en avoir les horaires (44h/semaine au lieu de 20h) ni évidemment les mêmes grilles de rémunération. Il a même été récemment précisé que les techniciens pouvaient assurer les missions de recherche (ouvertes à n’importe quelle catégorie de personnel). Enfin, il est imposé à des professeurs d’enseignement artistique d’assurer un ratio horaire d’enseignement, théoriquement réservé en totalité à la formation des étudiants conduisant à des diplômes nationaux, à des élèves de la classe préparatoire sur le site de Cherbourg.

Ces exemples prouvent qu’en dépit des corporatismes qui trop souvent freinent la modernisation du service public, les écoles supérieures territoriales d’art n’hésitent pas à inventer de nouvelles activités, de nouvelles missions, de nouvelles formes d’émulation et (presque) de nouveaux statuts pour accéder à la modernité.

Alain Bourges, pour le Snéad-CGT

PS : Toujours pas de direction à Avignon ni à Toulouse.

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Préavis de grève

mardi 29 août 2017

Mesdames et Messieurs les Ministres
de l’Éducation Nationale,
de l’Enseignement supérieur, recherche, innovation
des sports
de la Culture
de l’Agriculture,
des Affaires Étrangères
de l’artisanat
du Travail

Madame, Monsieur le Ministre,

La confédération Cgt appelle à faire du 12 septembre 2017 une journée interprofessionnelle de manifestations pour porter les revendications des salariés en matière de hausse des salaires, de défense de l’emploi stable et qualifié, d’amélioration des conditions de travail, de l’augmentation de la protection
sociale basée sur les cotisations sociales et non sur l’impôt et le développement des services publics et des postes statutaires.

Organisation confédérée, la Ferc-Cgt dépose donc un préavis de grève pour la journée du 12 septembre 2017 pour permettre aux salariés concernés de porter leurs revendications face aux projets actuels du gouvernement.

Ce préavis concerne l’ensemble des personnels de nos secteurs.

En conséquence, je vous prie de bien vouloir considérer la présente comme valant préavis de grève pour la journée du 12 septembre 2017, ainsi que pour les nuitées en amont et en aval de celle-ci pour les agents travaillant en horaires décalés

Recevez, Madame, Monsieur le Ministre, l’expression de notre considération distinguée.
Marie BUISSON
Secrétaire Générale

Communiqué Cgt-Culture et CGT-Spectacle

BUDGET DE LA CULTURE : BAISSE DE 50 MILLIONS € ET DEJA UN « ENGAGEMENT » TRAHI !

Le candidat Macron avait promis dans sa campagne que « pas un euro ne manquerait au budget du ministère de la Culture ».
Bien évidemment, une fois les élections passées, « le président qui a annoncé son programme » ne respecte pas plus ses engagements que ses prédécesseurs !
On nous annonce 50 millions € de baisse du budget du ministère à prendre « sur son fonctionnement »‘ … Cela augure mal des annonces à venir et relatives au nombre de postes accordés au ministère pour l’année 2018.
La somme de 50 millions d’euros de suppressions de crédits est importante pour le ministère ; à titre d’exemple, cela équivaut à la totalité des subventions accordées par le ministère à vingt écoles d’architecture.
Il ne fait plus de doute maintenant que l’ensemble des établissements publics du ministère de la Culture va être mis à contribution alors qu’il leur est toujours demandé de faire plus et mieux mais surtout avec moins.
Ce sont aussi les dépenses immobilières et d’affaires générales, la formation, l’action sociale, l’informatique, la communication et les missions de l’ensemble des personnels du ministère qui vont subir ces suppressions de crédits. Cela ne va pas faciliter le travail des agents et leurs conditions de travail, en administration centrale, en DRAC et dans les établissements. C’est une très mauvaise nouvelle pour les services et les personnels.
Et pourtant les administrations publiques participent à la création de richesses à hauteur de 20 % du PIB et de 17 % de l’investissement global.
Rappelons qu’après des années de baisses sous Sarkozy, Hollande avait promis la « sanctuarisation » du budget de la Culture… pour infliger une baisse de 6 % dans les deux premières années de son quinquennat, avant que nos luttes n’obligent le gouvernement Valls à cesser le saccage.
Rappelons que l’année 2014 a commencé par nos marches pour la culture, contre l’austérité budgétaire et la disparition des emplois qu’elle induisait, avant de laisser place aux batailles pour préserver le régime des intermittents du spectacle.
À l’heure où les politiques pour l’emploi dans nos secteurs commencent à porter leurs fruits et où le public a plus que jamais besoin d’intervention culturelle contre tous les obscurantismes, le gouvernement actuel, tout à son dogme libéral, ne tire aucune leçon du passé.
Nous appelons solennellement le gouvernement à renoncer à ce recul budgétaire et demandons au Parlement de ne pas le voter !
S’il est des engagements auxquels renoncer, ce ne sont pas sur les moyens de fonctionnement de l’État mais sur la casse du droit du travail et de l’assurance chômage.
Nos organisations appellent les professionnels-les du spectacle, du cinéma, de l’audiovisuel et de l’action culturelle et ceux du ministère de la Culture à préparer dès maintenant la mobilisation et la grève pour le 12 septembre.
Paris, le 13/07/2017