Les murs parlent à l’ESAD d’Orléans

4

Un groupe d’étudiants de l’ESAD d’Orléans a spontanément entrepris un mouvement d’affichage sauvage dans les couloirs de l’école, pour dénoncer le comportement de l’actuelle direction.

1

Ils manifestent ainsi leur prise de conscience de « l’état préoccupant de l’établissement » et d’une gestion qui leur paraît nuire au bon déroulement de la pédagogie. Ils mettent en cause des ateliers qui « tombent en désuétude » du fait de « leur dévalorisation dans le programme pédagogique », engendrant ainsi « des lacunes dans les compétences techniques des étudiants », ainsi qu’une mauvaise répartition du temps de travail qui use étudiants et enseignants. Ils ressentent également le « mal-être vécu par (leurs) professeurs et chefs d’ateliers », et qui se traduit notamment par de nombreux arrêts maladies des enseignants pour cause de burn-out et de dépression.

3

Le déni de « la situation par la direction » et la « difficulté à établir un réel dialogue avec celle-ci », les ont amenés à organiser plusieurs assemblées générales pour définir les problèmes. L’objectif étant d’apporter des solutions afin de construire une vision plus juste de l’école. Les mesures de la direction sont perçues « comme infantilisantes », « tournant en dérision les étudiants », accusant les contestations « d’avoir été manipulées » et renforçant « le sentiment d’un manque d’écoute ».

2

 

Pour le Snéad-CGT, Alain Bourges
Publicités

Mission flash / écoles supérieures d’art

À l’issue de nombreux entretiens entre l’intersyndicale des écoles supérieures d’art territoriales et les députés des différents groupes parlementaires de l’Assemblée Nationale, Bruno Studer, président de la Commission des Affaires culturelles et de l’Éducation, va proposer au bureau de la Commission la constitution d’une mission flash au sujet des écoles d’art.

Les missions « flash » ont été mises en place en début de législature et permettent de réunir l’ensemble des acteurs concernés par un sujet spécifique (avec un minimum de deux membres) pour une mission d’information rapide. Ces missions donnent lieu à des auditions et à l’élaboration d’un rapport qui pourront s’avérer très utiles pour étudier les scénarios possibles de sortie de crise de nos écoles.

Nous remercions tous les députés ayant soutenu cette action.

Notre intersyndicale s’engage évidemment à contribuer à la réflexion collective avec tous les moyens à sa disposition.

Appel pour le 22 mars 2018

L’appel des organisations syndicales de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche concerne bien évidemment aussi les écoles territoriales d’art qui, si elles n’appartiennent pas statutairement à la fonction publique d’Etat, appartiennent de par leurs missions et leurs diplômes à l’Enseignement Supérieur et à la Recherche. Elles en sont même le laboratoire de la précarisation, de la perte de démocratie interne, d’une politique strictement gestionnaire, de la privatisation rampante qui l’accompagne et de la mise en concurrence des établissements.

Ci-dessous, l’appel intersyndical à la mobilisation le 22 mars.

______________________________________

Le gouvernement Macron accumule les mesures contre les travailleurs : ordonnances contre le code du travail, la médecine du travail, le droit syndical… Les agent.e.s de la Fonction publique ne sont pas épargné·e·s : gel de la valeur du point d’indice ad vitam aeternam, rétablissement du jour de carence, hausse de la CSG à 1.7%, 120 000 suppressions de postes dans la Fonction publique sur le quinquennat. S’y ajoutent les mesures CAP2022 : accélération de la précarisation, qui touche déjà plus de 20 % des agents du secteur, accentuation du salaire au mérite, suppressions d’emplois, transferts de missions et privatisations, plan social de départs « volontaires », attaques contre les instances représentatives du personnel, CT, CHSCT, CAP, CPE,… Avec la loi Travail XXL les plans de licenciement se multiplient (Carrefour, Peugeot, Casto, Pimkie, …) et les pouvoirs en place continuent de monter les salarié. e.s entre eux en stigmatisant certaines catégories de travailleurs.

« les ordonnances permettent le dialogue social… »
Édouard Philippe

E. Macron avait promis de « moderniser le statut des fonctionnaires ». Son premier ministre veut supprimer des missions et les privatiser. Ils s’attaquent à la SNCF et l’usage des ordonnances se généralise.

Dans l’ESR , nous ne sommes pas en reste !

Un cavalier législatif, machine de guerre contre le service public national d’enseignement supérieur et de recherche (ESR), a été introduit dans le projet de loi pour « une société de confiance ». Il autorise le gouvernement à prendre par ordonnances des mesures permettant de « faciliter le regroupement des établissements d’ESR par l’expérimentation de nouveaux modes d’organisation  ». Fin février, la ministre a annoncé vouloir accélérer le processus de restructuration des établissements.

C’est la porte ouverte à une gestion locale et différenciée des missions et des personnels. Cela s’articule avec tous les projets portés par le gouvernement dans les domaines de l’éducation et de l’ESR : fusion au détriment des missions et des personnels, Plan étudiants avec sélection et tri social, immixtion des blocs de compétences substituant progressivement les certifications aux diplômes et qualifications, fragilisation du baccalauréat… Tous concourent à la remise en cause des garanties collectives des travailleuses et des travailleurs.

Un statut pour quoi faire ?

Le statut général des fonctionnaires (1983), est bâti sur le principe d’ « utilité commune » issu de la Révolution française.

Il a été construit autour de 3 principes :

  • L’égalité, fondé sur l’article 6 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 – l’accès aux emplois publics doit se faire par la voie du concours.
  • L’indépendance, prévoyant la séparation du grade et de l’emploi, caractéristique du système dit « de la carrière » qui protège le fonctionnaire, propriétaire de son grade, de l’arbitraire et des pressions politiques et économiques et garantit au citoyen un traitement égal et l’accès au service public.
  • La responsabilité qui fonde la conception du fonctionnaire-citoyen (exigence de neutralité) et garantit à toutes et tous, sur tout le territoire, le droit et l’accès aux services publics, en assurant à chaque citoyen·ne impartialité, neutralité, laïcité et égalité de traitement.

Pour garantir et défendre un service public national d’ESR, laïque, démocratique et émancipateur pour toutes et tous sur tout le territoire, la CGT FERC Sup ne cessera de lutter contre la restructuration territoriale et la régionalisation de l’ESR, la mise en concurrence des établissements et l’instauration de la sélection à l’entrée à l’université au prétexte de la réussite en Licence et de l’« excellence ».

Les gouvernements se sont succédés, leurs programmes également : LOLF, RGPP, MAP… Mais la politique sous-tendue est toujours la même ! Les lois « LRU » dont nous continuons à demander l’abrogation se traduisent par de multiples réformes remettant gravement en cause les garanties collectives de l’ensemble des personnels et de tou·te·s les salarié·e·s. Avec l’alibi du niveau de la dette et des dépenses publiques justifiant l’austérité, c’est le principe même de service public qui est attaqué. C’est ainsi que l’ESR subit de plein fouet un plan de restructuration/dislocation d’ampleur accompagné d’une restriction de l’accès à des études supérieures, de la diminution de la qualité des formations et des actions de recherche réalisées dans nos établissements.

Les conséquences concrètes pour tous les personnels administratifs, techniques, bibliothèques, enseignants et enseignants-chercheurs

  • Suppressions d’emplois de fonctionnaires et recours quasi systématique aux contractuel.e.s qui institutionnalise la précarité (70 000 précaires ans l’ESR).
  • Augmentation de la charge de travail alors que le nombre d’étudiants augmente et que la sélection est instaurée.
  • Disparition des emplois de catégorie C qui sont souvent remplacés par des étudiant·e·s vacataires.
  • Externalisation grandissante (DSI, entretiens, maintenance…) qui vide le travail de sa substance.
  • Gestion « managériale locale » des personnels reportée vers les seuls chefs d’établissements : recrutement à discrétion des chefs d’établissements, rémunérations à la tête du client par la multiplication des primes. Tentative de modulation de service des enseignant·e·s chercheur·e·s ou de contrôle hiérarchique contraire à leur statut.
  • Remise en cause des accords sur le temps de travail avec notamment l’allongement des périodes de travail et d’ouverture des bibliothèques.
  • Misère des financements et des moyens humains qui détruisent les conditions de travail et provoquent à la fois du mal travail et l’épuisement des personnels.

La CGT FERC Sup lutte pour qu’aucune atteinte à la santé ou à la sécurité des travailleurs.ses ne reste ignorée et pour engager la responsabilité civile et pénale de l’employeur.

Face aux attaques contre le Travail, le temps est venu de la riposte et de la convergence des luttes pour la reconnaissance des métiers et des qualifications des travailleur/se·s et la nécessaire évolution de leurs carrières et rémunérations.

Les conséquences concrètes pour tous les usager.e.s

  • Recours accru aux financements privés et aux Partenariats Public Privé (PPP) avec, à terme, l’augmentation des frais d’inscription  : recours à l’emprunt et endettement pour financer ses études.
  • Sélection et Plan étudiants : restriction de l’accès à l’enseignement supérieur et exclusion au prétexte de l’«  excellence » et de la lutte pour la réussite en Licence, modification du contenu et du volume horaire des formations.
  • Apprentissage et « professionnalisation » des études visant la seule «  employabilité  » du diplômé.e au détriment du projet pédagogique, des socles de savoirs disciplinaires. Mainmise du MEDEF sur les contenus, les cursus et l’organisation des études.
  • Casse du cadre national des diplômes et instauration des blocs de compétences, certifications ou labels délivrés par des officines privées.
  • Concurrence entre établissements que le patronat évaluera en fonction de classements, notamment en matière d’employabilité des diplômé·e·s.
  • Démantèlement des organismes de recherche publique : même logique de financiarisation, du tout profit, de «  rentabilité  » et de mise en concurrence.

La CGT FERC Sup lutte contre la marchandisation de l’éducation et de l’ESR et pour le maintien :

  • du caractère national des diplômes, base de la reconnaissance des qualifications qui constituent le socle des conventions collectives et des statuts
  • du BAC comme 1er grade universitaire, ouvrant droit à l’inscription dans l’université de son choix.

Le 22 mars 2018
dans le cadre de l’appel intersyndical CGT, FO, Solidaires, FSU, FAFP, CFTC, toutes et tous ensemble pour :

Les missions du service public qui doivent être en accord avec les besoins sociaux du pays

Un plan de développement de l’ESR public, avec des postes statutaires et des investissements

Un service public d’ESR national, laïque, démocratique et émancipateur, accessible librement, sans sélection ni frais d’inscription, pour toutes et tous, sur tout le territoire

La défense du statut de fonctionnaire de l’État garant d’un Service public assurant un traitement égalitaire à chaque citoyen·ne

En léger différé de l’Assemblée Nationale

Mardi 7 novembre 2017

Séance de 11 heures 30

(…)

[La Commission Culture] est ensuite saisie de l’amendement II-AC85 de M. Michel Larive.

M. Michel Larive. Cet amendement vise à demander au Gouvernement la rédaction d’un rapport permettant d’établir un état des lieux sur la situation des écoles territoriales d’art. Celles-ci sont victimes depuis 2010 de l’alignement sur la réforme universitaire européenne dite « LMD » : la mise en compétition des établissements scolaires, l’augmentation des frais de scolarité, le recours au financement privé ou semi-privé, la dégradation des locaux, la précarisation croissante du personnel sont aujourd’hui la cause d’un profond malaise au sein de la profession.

À cela s’ajoute encore l’inégalité criante de traitement dont souffrent les écoles territoriales vis-à-vis des écoles nationales, nuisible à la continuité des services de l’État. Ainsi, selon les syndicats Snéad- CGT / SUD-CT et SNU-Ter (FSU), une telle différence de traitement ne peut être justifiée par le service assuré. Je m’interroge : le professeur de gravure de l’école territoriale de Rennes ne fait-il pas le même travail, avec le même enthousiasme et avec les mêmes moyens, que son homologue de l’école nationale de Dijon ? Les écoles nationales ont en outre bénéficié, à juste titre, d’une revalorisation dès 2002, ce qui n’a pas été le cas pour les écoles territoriales.

De plus, la mise en place des établissements publics de coopération culturelle (EPCC) est source de confusion administrative entre le Ministère et les différentes collectivités, déjà exsangues financièrement, rendant difficile tout dialogue entre les acteurs concernés. Il est d’ailleurs bon de rappeler que le Sénat avait reconnu en 2012 que la loi sur les EPCC était inadaptée aux écoles d’art.

Le rapport que nous demandons permettra donc d’évaluer les besoins en financement des écoles d’art territoriales, afin de progresser vers la constitution d’un corps national unique de l’enseignement artistique.

Mme la rapporteure pour avis. Je partage le constat que vous faites sur les écoles d’art et le différentiel injustifié entre écoles nationales et régionales. J’ai d’ailleurs interrogé la ministre sur cette question ce matin en commission élargie, sans toutefois obtenir de véritable réponse.

Et parce que je crois, comme je vous l’indiquais à l’instant, qu’il revient avant tout au Parlement de contrôler l’action du Gouvernement, je proposerai que notre Commission constitue en son sein une mission d’information sur le sujet, mission que nous pourrions par exemple mener en commun, M. Larive !

M. Michel Larive. Proposition acceptée !
M. le président Bruno Studer. Le Bureau de notre Commission se saisira prochainement de votre proposition.

 

La Commission rejette l’amendement.

Lettre de « non-candidature »

JDA : PUBLICATION DE LA LETTRE DE « NON CANDIDATURE » DE PIERRE OUDART

Pierre Oudart a dirigé le service des arts plastiques pendant plus de 5 ans. Alors que sa successeuse vient enfin d’être nommée, il a accepté que Le Journal des Arts publie un texte écrit lors de son départ, qui sous une forme inattendue dresse des perspectives pour ce service.

« Lettre de non candidature

À partir de 2004, et au moins pendant sept ans, l’artiste Julien Prévieux, lauréat du Prix Marcel Duchamp en 2014, répond à des annonces d’emploi par des Lettres de non motivation.

Prenant connaissance de l’avis de vacance de l’emploi de chef de service directeur-adjoint chargé des arts plastiques publié dans le Journal officiel de la République française du 16 septembre 2017, en clin d’œil à Julien, je décide d’écrire une lettre de non candidature à ce poste. Il est utile de préciser que je ne suis pas candidat puisque ce poste est celui que j’occupe jusqu’au 1er octobre de cette année 2017, ce, pendant plus de cinq années, et que je le quitte, car, j’ai souhaité rejoindre l’école supérieure d’art et de design de Marseille Méditerranée.

La lettre qui suit doit donc être lue comme un exercice de style.

Paris le 21 septembre 2017

Madame la Directrice générale de la création artistique,
Monsieur le Secrétaire général du ministère de la Culture,

J’ai l’honneur de ne pas être candidat au poste de directeur-adjoint chargé des arts plastiques publié au Journal Officiel du 16 septembre 2017.

Ce n’est pas faute d’intérêt pour ce poste, que je trouve passionnant, mais vous conviendrez qu’en étant le titulaire encore pour quelques jours, et interrompant de mon plein gré cette mission, une candidature de ma part introduirait une innovation administrative surprenante, et, en cette matière comme en beaucoup d’autres, l’administration goûte peu les surprises.

Pour autant, étant encore motivé par ce poste, voici la lettre, que je ne vous écrirai pas.

Depuis 2010, les arts plastiques sont administrés au sein du ministère de la Culture par une grande direction générale de la création artistique. On peut déplorer qu’ils y aient perdu en visibilité et en autonomie. Jadis, le délégué aux arts plastiques (il n’y a jamais eu de déléguée) rencontrait le·la Ministre et défendait lui-même son budget. Ce ne sera pas le cas du directeur-adjoint ou de la directrice-adjointe chargé·e des arts plastiques qui apprendra parfois les arbitrages de façon inopinée dans un couloir.

Cependant, j’ai la conviction que les arts plastiques n’y ont pas vraiment perdu, car, ils bénéficient de la force de frappe de « l’influençage » du spectacle vivant. Pesant peu budgétairement sur le programme « création » – environ 10 % – toute hausse des crédits, même minime, a un effet d’affichage intéressant. C’est ainsi que depuis 2012, malgré les baisses de 2013, le budget des arts plastiques a augmenté, à bas bruit, d’environ 20 %.

Mais, peu importe au fond l’argent.

Ce mariage, forcé, des arts visuels avec le spectacle vivant donne au secteur des arts visuels la possibilité de changer radicalement de point de vue pour s’intéresser moins aux œuvres qu’aux artistes. En effet, les politiques du spectacle vivant, même si elles gardent, bien sûr, un regard sur la « qualité artistique » des œuvres sont massivement des politiques de l’emploi et de l’activité des artistes, et c’est ce qui fait leur force. En revanche, les politiques des arts plastiques, pourtant créées dans les années 1980 « contre » la politique des musées d’alors, demeurent dans leur essence des politiques qui s’intéressent plus aux œuvres qu’à celles et ceux qui les réalisent. Et c’est ce qui explique en partie la relative faiblesse du système français qui a succédé au système des Beaux-Arts. Les formations qui conduisent à devenir un·e professionnel·le de l’art, agent·e privé·e ou public·que, demeurent principalement des formations d’historien·ne·s de l’art et de commissaires d’exposition.

Cette primauté de l’œuvre sur l’artiste a pour conséquence qu’en trente ans, les crédits destinés aux aides aux projets individuels, à la construction d’ateliers-logements, n’ont cessé de fondre au profit des crédits destinés aux institutions. 50 % des crédits « arts plastiques » des directions régionales des affaires culturelles vont aux Fonds régionaux d’art contemporain et 25 % aux centres d’art, le reste étant réparti entre tous les autres dispositifs, notamment les grands festivals.

On objectera que ces institutions bénéficient aux artistes. C’est vrai… quand les artistes parviennent à demeurer artistes. Une politique publique artistique qui ne serait fondée que sur l’accompagnement d’un réseau d’institutions publiques principalement destinées à la diffusion des œuvres – les expositions – est condamnée au malthusianisme et à l’assèchement de la diversité artistique et de son renouvellement, même si l’on multiplie ces lieux, et même si on les labellise.

Alors, si j’étais candidat au poste de directeur-adjoint chargé des arts plastiques, ce serait le premier axe d’action que je proposerais. Il faut sortir de la jachère le régime social des artistes auteurs ; il faut accompagner les nouveaux lieux de travail pour les artistes, partout en France et faire en sorte que les SODAVI (Schéma d’orientation des arts visuels) ne deviennent pas des instances de coordination des institutions, mais bien les lieux d’invention du possible artistique par les artistes. Il faut lancer un programme de recherche sur l’économie des artistes. Il faut amplifier la politique de résidences, dans des lieux artistiques et dans des entreprises, mais aussi dans les établissements scolaires, les universités, les hôpitaux… que sais-je ; repérer et soutenir des lieux de fabrique artistique mis en œuvre par les artistes, les créateurs, accompagner les galeries dans leur nécessaire mutation… Tout cela est d’ores et déjà posé. Quelques crédits ont été trouvés. Tout reste à faire ou presque.

Car, ce qui a fait défaut jusqu’à présent dans ces politiques, c’est une approche économique déterminée et modernisée. De nombreux acteurs demeurent enfermés dans des dogmes qui, pour être en apparence confortables, sont délétères, qui voudraient que tout ce qui est d’initiative privée n’ait pas de relation avec l’initiative publique. C’est évidemment une absurdité. Et c’est une absurdité absurde s’agissant des secteurs qui nous intéressent ici. On peut certes continuer à croire que l’art contemporain n’est que sa frange spéculative… Ce serait comme confondre un centre dramatique national avec Holiday-on-Ice.

Ainsi, en ce – encore – début de mandat, l’objectif premier doit être la rémunération des artistes auteurs des arts graphiques, plastiques et photographiques. Il faut, par exemple, parvenir à considérer que le marché des droits de propriété littéraire et artistique des œuvres visuelles est un marché aussi important que celui des œuvres musicales, multimédias, audiovisuelles et cinématographiques. Ce que l’on ne tolère pas pour la musique, doit-on le tolérer pour les images ? Ce sera long, car les habitudes sont ancrées depuis plus longtemps que l’arrivée du numérique en réseau. Mais c’est une nécessité économique et culturelle. À défaut, la création et la diffusion des images connaîtra – elle la connaît déjà – une vague de concentration terrible qui emportera la diversité culturelle. Ce qui a su être inventé pour le cinéma, le livre, les spectacles, la mode, l’ameublement… doit aussi pouvoir être inventé pour les œuvres plastiques, graphiques et photographiques.

Mais je ne voudrais pas laisser croire ici que, candidat à ce poste, je ne m’occuperais que des arts plastiques, délaissant la mode, le design et les métiers d’art. S’agissant de la mode, il faut reposer la question des outils de notre politique publique et envisager, je crois, une fusion de l’ANDAM et du DEFI.

S’agissant du design, l’APCI n’a pas la taille pertinente pour agir et ne couvre pas tous les champs du design. C’est un chantier commun à ouvrir avec le ministère chargé de l’industrie en fédérant l’ensemble des acteurs dans un nouvel organisme, par exemple à l’occasion de la candidature de la métropole lilloise pour être « Capitale mondiale du design ».

Quant à l’INMA, l’Institut national des métiers d’art, il faut reposer sans doute autrement la question d’un opérateur de l’État pour les métiers d’art. Celui-ci a été réalisé trop vite et n’est pas totalement efficace. Faut-il aller vers une agence des industries créatives ? Je n’en suis pas certain. Mode, design et métiers d’art ne sont qu’une partie de ces « industries créatives » qui ne sont d’ailleurs pas toutes des industries… Le terme « arts appliqués » n’est pas ou plus de mise. Il n’est peut-être pas nécessaire d’avoir un grand tout…

Mais, le chantier principal, ce doit être les écoles d’art. Je pense que la solution n’est pas encore trouvée et qu’il faut sans doute regrouper tous les enseignements supérieurs du Ministère dans une seule direction de la transmission artistique et culturelle. Et cela resterait tout petit face au ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche. Mais il faut surtout que le sujet soit porté politiquement au plus haut niveau, et que le pouvoir exécutif et le Parlement s’y penchent sérieusement. Pourquoi pas une mission, rapide, qui ferait des propositions, notamment législatives, sur le statut des écoles, le statut des enseignants, les compétences partagées des collectivités sur l’enseignement et la transmission de la création artistique ? En deçà de ce niveau, cela restera du bricolage. Il faut trouver pour les écoles d’art l’ambition qui a été celle de Malraux en 1968-69 pour les écoles d’architecture. Les écoles supérieures d’art forment le premier réseau artistique français, et surtout le plus ancien. Elles sont inscrites dans l’histoire des territoires. Elles y ont été implantées, souvent il y a plus de deux siècles pour accroître ce que l’on n’appelait pas encore la « compétitivité », et souvent par les forces économiques elles-mêmes. Là aussi quelque chose doit se rejouer.

Voilà… rapidement, ce que j’écrirais en substance si j’étais candidat en ce mois de septembre 2017 au poste de directeur-adjoint chargé des arts plastiques au ministère de la Culture. Rien ne dit que je serais choisi comme titulaire de ce poste, où l’on encadre une équipe formidable, où l’on élabore des politiques publiques en concertation avec des acteurs passionnants, où l’on cherche, on réfléchit, on doute aussi…

Je vous prie d’agréer, Madame la Directrice générale, chère et joyeuse Régine Hatchondo, Monsieur le Secrétaire général, cher calme et déterminé Hervé Barbaret, l’expression sincère et décalée de mon amitié pleine de respect. » (Pierre Oudart)

De la modernisation de l’enseignement artistique français

La Fonction Publique Territoriale n’est pas le monolithe que l’on croit souvent. Contrairement aux idées communément admises, les agents n’y sont pas figés dans des postes contraints par une réglementation tatillonne. Les écoles supérieures d’art (territoriales) offrent sans doute la meilleure illustration du dynamisme qui, au contraire, renouvelle chaque jour les fonctions, l’organisation collective ou les relations employeur-employé. Nous en donnons ici quelques exemples :

* Il existe dans les écoles d’art des « coordinateurs » d’options ou d’années qui sont des enseignants, généralement choisis par la direction (mais que l’on préférerait élus si ce n’était pas trop demander), dont la mission consiste à organiser les bilans, quelques réunions annuelles et parfois le déroulement des diplômes. Pour cette tâche supplémentaire, ils bénéficient en général d’une prime améliorée, appelée ISO variable.
L’ESAL de Metz innove considérablement au sujet de ces coordinateurs en les rebaptisant « managers de proximité » et en redéfinissant leurs missions.
Wikipedia nous renseigne sur cette dénomination curieuse en citant deux auteurs d’essais sur le management : « Michel Barabel et Olivier Meier donnent comme exemple de « manager de proximité » celui d’un chef de rayon des supermarchés Champion. »
La comparaison pourra en choquer certains mais l’ESAL explique plus précisément le rôle de ce « manager de proximité » dans le Guide le l’Entretien Professionnel distribué aux agents. Le rôle du « manager de proximité », est-il dit, est d’encadrer son équipe et d’assurer un rôle d’intermédiaire. Il veille à ce que les objectifs et les missions de l’école se réalisent. Il est donc le lien entre « le projet de l’agent, le projet de l’équipe et le projet de l’établissement ». Le manager de proximité veille également à ce que la communication entre agents et direction fonctionne. Il contribue à la « cohésion de l’équipe pour favoriser un fonctionnement dans un cadre non conflictuel. Leur proximité est un atout qui permet de relier positivement leur équipe à la direction. » Il a la charge de l’évaluation professionnelle annuelle.
Pour ce travail, le manager de proximité touche une prime de 90h en fin d’année après service effectué.
Pour résumer, les « managers de proximité » sont des collègues enseignants, jouissant du même statut que les autres, mais chargés de les encadrer, de les évaluer et d’assurer le lien avec une direction éloignée. Ils la déchargent en tout cas du travail d’évaluation.

* Autre innovation, celle de « responsable d’atelier » mise en place à l’ESAD d’Orléans. La fiche de poste de ces responsables d’ateliers, jusqu’alors rétribués selon la grille des animateurs de centres aérés, est un mélange des fonctions pédagogiques des Assistants et des responsabilités techniques des techniciens et techniciens spécialisés. Selon cette fiche, le « responsable d’atelier » « assiste pédagogiquement l’enseignant responsable du pôle/ou du projet », « participe à l’organisation et au montage des travaux d’étudiants dans le cadre des bilans, accrochages, diplômes, etc… ». Mais il doit également « assurer la maintenance des ateliers, des outils et des machines », veiller « à l’état des stocks en consommables, encres, papiers, etc… », etc. Le tout payé au plus bas.
L’un de ces responsables d’atelier a préféré ne pas reprendre le CDD à temps partiel qui lui était proposé cette année.

* À l’EESAB (Brest, Lorient, Quimper, Rennes), qui a connu une nette réduction de la précarité, le livret de l’Etudiant mentionne au sein de l’équipe pédagogique un enseignant atypique : Conservateur au Musée des Beaux-Arts, il délivre un enseignement d’histoire de l’art à titre gracieux, sur ses heures de travail au Musée. Simultanément, le poste d′un enseignant de Brest parti en retraite n′a pas été pourvu et c′est un « artiste intervenant » sur le seul second semestre qui s′y substitue, « à titre d′expérimentation ». Quimper bénéficie toujours d′une assistante rétribuée comme animatrice.

* À l’ÉSAM Caen/Cherbourg, le glissement des missions des différentes catégories de personnel brouille les spécificités des cadres d’emploi. Les assistants d’enseignement artistique assurent des missions équivalentes à celles des professeurs d’enseignement artistique. Ils assurent les cours, les ateliers dont ils préparent les contenus, en assurent seuls les évaluations, coordonnent les options, accompagnent les étudiants aux diplômes Bac+3 et Bac+5 et suivent des mémoires. Ce sont donc des professeurs d’enseignement artistique à part entière, avec des parcours professionnels similaires et des niveaux de diplômes équivalents, mais qui travaillent plus (20h hebdomadaire et non pas 16h) et sont payés moins. Par ailleurs, il est demandé aux techniciens en charge des ateliers techniques d’assurer des heures de formation, donc des missions pédagogiques, ce qui les fait glisser vers des missions propres aux assistants d’enseignement, sans en avoir les horaires (44h/semaine au lieu de 20h) ni évidemment les mêmes grilles de rémunération. Il a même été récemment précisé que les techniciens pouvaient assurer les missions de recherche (ouvertes à n’importe quelle catégorie de personnel). Enfin, il est imposé à des professeurs d’enseignement artistique d’assurer un ratio horaire d’enseignement, théoriquement réservé en totalité à la formation des étudiants conduisant à des diplômes nationaux, à des élèves de la classe préparatoire sur le site de Cherbourg.

Ces exemples prouvent qu’en dépit des corporatismes qui trop souvent freinent la modernisation du service public, les écoles supérieures territoriales d’art n’hésitent pas à inventer de nouvelles activités, de nouvelles missions, de nouvelles formes d’émulation et (presque) de nouveaux statuts pour accéder à la modernité.

Alain Bourges, pour le Snéad-CGT

PS : Toujours pas de direction à Avignon ni à Toulouse.

Préavis de grève

mardi 29 août 2017

Mesdames et Messieurs les Ministres
de l’Éducation Nationale,
de l’Enseignement supérieur, recherche, innovation
des sports
de la Culture
de l’Agriculture,
des Affaires Étrangères
de l’artisanat
du Travail

Madame, Monsieur le Ministre,

La confédération Cgt appelle à faire du 12 septembre 2017 une journée interprofessionnelle de manifestations pour porter les revendications des salariés en matière de hausse des salaires, de défense de l’emploi stable et qualifié, d’amélioration des conditions de travail, de l’augmentation de la protection
sociale basée sur les cotisations sociales et non sur l’impôt et le développement des services publics et des postes statutaires.

Organisation confédérée, la Ferc-Cgt dépose donc un préavis de grève pour la journée du 12 septembre 2017 pour permettre aux salariés concernés de porter leurs revendications face aux projets actuels du gouvernement.

Ce préavis concerne l’ensemble des personnels de nos secteurs.

En conséquence, je vous prie de bien vouloir considérer la présente comme valant préavis de grève pour la journée du 12 septembre 2017, ainsi que pour les nuitées en amont et en aval de celle-ci pour les agents travaillant en horaires décalés

Recevez, Madame, Monsieur le Ministre, l’expression de notre considération distinguée.
Marie BUISSON
Secrétaire Générale