Lettre ouverte à la Ministre de la Culture

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L’enseignement artistique au risque de la réification

Un article de Tristan Trémeau paru en 2011 et (hélas) totalement d’actualité en cette période de grandes manoeuvres autour de la Recherche !

À lire ici :

http://tristantremeau.blogspot.ch/2017/08/lenseignement-artistique-au-risque-de.html

Quelles perspectives pour les écoles d’art ?

Une émission de France-Culture, diffusée le 22 octobre, au sujet des écoles d’art avec :

Thomas Levy-Lasne, jeune peintre, ancien élève des beaux-arts de Paris.

Tristan Trémeau, critique d’art, professeur à l’École supérieure des beaux-arts Tours

Emmanuel Tibloux, directeur de l’Ecole « nationale » supérieure des beaux-arts de Lyon, directeur de la revue «initiale» et ancien président de l’ANdEA.

Nicolas Bourriaud, directeur du MoCo (Montpellier Contemporain) qui inclut la Panace et l’école supérieure des beaux-arts de Montpellier. (Ancien directeur des Beaux-Arts de Paris)

On y apprend, en toute fin d’émission, que l’Andéa discuterait actuellement avec les Ministères de la Culture et de l’Intérieur de la revalorisation des statuts des enseignants. Détail dont personne n’avait pris soin de prévenir les premiers intéressés.

À écouter ici :

https://www.franceculture.fr/emissions/rue-des-ecoles/emission-consacree-aux-ecoles-dart-francaises-dans-le-contexte-de-la-fiac

De la modernisation de l’enseignement artistique français

La Fonction Publique Territoriale n’est pas le monolithe que l’on croit souvent. Contrairement aux idées communément admises, les agents n’y sont pas figés dans des postes contraints par une réglementation tatillonne. Les écoles supérieures d’art (territoriales) offrent sans doute la meilleure illustration du dynamisme qui, au contraire, renouvelle chaque jour les fonctions, l’organisation collective ou les relations employeur-employé. Nous en donnons ici quelques exemples :

* Il existe dans les écoles d’art des « coordinateurs » d’options ou d’années qui sont des enseignants, généralement choisis par la direction (mais que l’on préférerait élus si ce n’était pas trop demander), dont la mission consiste à organiser les bilans, quelques réunions annuelles et parfois le déroulement des diplômes. Pour cette tâche supplémentaire, ils bénéficient en général d’une prime améliorée, appelée ISO variable.
L’ESAL de Metz innove considérablement au sujet de ces coordinateurs en les rebaptisant « managers de proximité » et en redéfinissant leurs missions.
Wikipedia nous renseigne sur cette dénomination curieuse en citant deux auteurs d’essais sur le management : « Michel Barabel et Olivier Meier donnent comme exemple de « manager de proximité » celui d’un chef de rayon des supermarchés Champion. »
La comparaison pourra en choquer certains mais l’ESAL explique plus précisément le rôle de ce « manager de proximité » dans le Guide le l’Entretien Professionnel distribué aux agents. Le rôle du « manager de proximité », est-il dit, est d’encadrer son équipe et d’assurer un rôle d’intermédiaire. Il veille à ce que les objectifs et les missions de l’école se réalisent. Il est donc le lien entre « le projet de l’agent, le projet de l’équipe et le projet de l’établissement ». Le manager de proximité veille également à ce que la communication entre agents et direction fonctionne. Il contribue à la « cohésion de l’équipe pour favoriser un fonctionnement dans un cadre non conflictuel. Leur proximité est un atout qui permet de relier positivement leur équipe à la direction. » Il a la charge de l’évaluation professionnelle annuelle.
Pour ce travail, le manager de proximité touche une prime de 90h en fin d’année après service effectué.
Pour résumer, les « managers de proximité » sont des collègues enseignants, jouissant du même statut que les autres, mais chargés de les encadrer, de les évaluer et d’assurer le lien avec une direction éloignée. Ils la déchargent en tout cas du travail d’évaluation.

* Autre innovation, celle de « responsable d’atelier » mise en place à l’ESAD d’Orléans. La fiche de poste de ces responsables d’ateliers, jusqu’alors rétribués selon la grille des animateurs de centres aérés, est un mélange des fonctions pédagogiques des Assistants et des responsabilités techniques des techniciens et techniciens spécialisés. Selon cette fiche, le « responsable d’atelier » « assiste pédagogiquement l’enseignant responsable du pôle/ou du projet », « participe à l’organisation et au montage des travaux d’étudiants dans le cadre des bilans, accrochages, diplômes, etc… ». Mais il doit également « assurer la maintenance des ateliers, des outils et des machines », veiller « à l’état des stocks en consommables, encres, papiers, etc… », etc. Le tout payé au plus bas.
L’un de ces responsables d’atelier a préféré ne pas reprendre le CDD à temps partiel qui lui était proposé cette année.

* À l’EESAB (Brest, Lorient, Quimper, Rennes), qui a connu une nette réduction de la précarité, le livret de l’Etudiant mentionne au sein de l’équipe pédagogique un enseignant atypique : Conservateur au Musée des Beaux-Arts, il délivre un enseignement d’histoire de l’art à titre gracieux, sur ses heures de travail au Musée. Simultanément, le poste d′un enseignant de Brest parti en retraite n′a pas été pourvu et c′est un « artiste intervenant » sur le seul second semestre qui s′y substitue, « à titre d′expérimentation ». Quimper bénéficie toujours d′une assistante rétribuée comme animatrice.

* À l’ÉSAM Caen/Cherbourg, le glissement des missions des différentes catégories de personnel brouille les spécificités des cadres d’emploi. Les assistants d’enseignement artistique assurent des missions équivalentes à celles des professeurs d’enseignement artistique. Ils assurent les cours, les ateliers dont ils préparent les contenus, en assurent seuls les évaluations, coordonnent les options, accompagnent les étudiants aux diplômes Bac+3 et Bac+5 et suivent des mémoires. Ce sont donc des professeurs d’enseignement artistique à part entière, avec des parcours professionnels similaires et des niveaux de diplômes équivalents, mais qui travaillent plus (20h hebdomadaire et non pas 16h) et sont payés moins. Par ailleurs, il est demandé aux techniciens en charge des ateliers techniques d’assurer des heures de formation, donc des missions pédagogiques, ce qui les fait glisser vers des missions propres aux assistants d’enseignement, sans en avoir les horaires (44h/semaine au lieu de 20h) ni évidemment les mêmes grilles de rémunération. Il a même été récemment précisé que les techniciens pouvaient assurer les missions de recherche (ouvertes à n’importe quelle catégorie de personnel). Enfin, il est imposé à des professeurs d’enseignement artistique d’assurer un ratio horaire d’enseignement, théoriquement réservé en totalité à la formation des étudiants conduisant à des diplômes nationaux, à des élèves de la classe préparatoire sur le site de Cherbourg.

Ces exemples prouvent qu’en dépit des corporatismes qui trop souvent freinent la modernisation du service public, les écoles supérieures territoriales d’art n’hésitent pas à inventer de nouvelles activités, de nouvelles missions, de nouvelles formes d’émulation et (presque) de nouveaux statuts pour accéder à la modernité.

Alain Bourges, pour le Snéad-CGT

PS : Toujours pas de direction à Avignon ni à Toulouse.

Le CDD n’est pas une fatalité

Transmis par la FERC-sup, l’exemple d’une collègue de l’Université Rennes 1 prouve qu’il est possible de contraindre l’employeur au CDI en dépit de ses menaces. Cela vaut pour les écoles d’art.

Malgré 9 années passées à travailler dans le même laboratoire sur des CDD successifs et malgré l’entière satisfaction de sa hiérarchie pour son travail, une contractuelle s’est vue refuser sa demande de CDIsation par l’Université de Rennes 1. Accompagnée par la CGT Ferc-Sup de Rennes 1, elle a eu le courage de saisir le tribunal administratif, puis le juge des référés, pour faire valoir ses droits. Aujourd’hui le juge des référés lui donne raison sur l’entièreté de ses demandes et condamne l’Université de Rennes 1 à lui verser 2000 euros d’indemnité pour frais de procédure.

Début 2017 la Ferc-sup CGT de Rennes 1 est contactée par une collègue contractuelle qui souhaite savoir si elle est éligible à une CDIsation au regard de l’ancienneté acquise auprès de l’Université de Rennes 1. Le dossier est assez complexe car les CDD successifs sont interrompus par des congés maternités et plusieurs employeurs sont impliqués. L’étroite collaboration entre militants, la mobilisation collective permettent d’aboutir rapidement à la conclusion qu’elle aurait déjà dû être CDIsée depuis 2 ans. Elle rédige donc avec notre aide sa demande de CDIsation auprès de l’Université.

La réponse est immédiate et sans appel : elle ne remplit pas les conditions pour une CDIsation. Malheureusement pour l’Université, le motif invoqué est entachée d’une grossière erreur de lecture de la loi. Nous demandons alors une rencontre avec la DRH pour faire le point sur la situation. Tous les arguments sont alors exposés et l’administration reconnaît une réponse « un peu trop rapide ». Face à la possibilité d’une saisie du juge des référés l’Université lui renouvelle même son CDD pour quelques mois dans le but de « faire le point » avec la cellule juridique.

Au regard des enjeux, il devient indispensable de prendre contact avec un avocat et d’envisager une saisie du tribunal administratif. En effet, le délai pour contester une décision administrative n’est que de deux mois, sous peine de perdre définitivement ses droits. Le tribunal administratif de Rennes est donc saisi pour obtenir l’annulation du refus de CDIsation.

Devant un tel affront la réaction de l’Université est immédiate : notre collègue reçoit un courrier recommandé lui signifiant que son CDD en cours ne sera pas renouvelé mettant ainsi fin à 9 années de relations contractuelles. Nouvelle déconvenue donc pour notre collègue qui, pourtant, ne se décourage pas. Toujours avec notre soutien, elle saisit le juge des référés pour demander l’annulation de la décision de non renouvellement de son CDD.

Le mémoire en défense de l’Université adressé au tribunal est édifiant. Alors que le refus de CDisation reçu par notre collègue ne comportait que 10 lignes, le mémoire en défense atteint les 16 pages. Reconnaissant l’erreur de droit motivant le premier refus de CDIsation, l’Université demande au juge une substitution de motif et s’entête dans une interprétation toujours plus hasardeuse de la loi.

Le juge des référés ne sera heureusement pas dupe, dans sa décision rendue mi-octobre : non seulement il suspend le non renouvellement de CDD, mais il enjoint également et surtout à l’université de proposer à l’agent la signature d’un CDI dont la date d’effet ne saurait être postérieur au 28 février 2015. De surcroît l’Université est condamnée à verser une indemnité de 2000 euros pour frais de procédure.

NON ! l’administration n’est pas au-dessus des lois, Même les agents contractuels sont en mesure de faire valoir leurs droits et d’obtenir justice avec l’accompagnement du syndicat CGT.

Elections au CNESERAC

Un strapontin pour les syndicats : Sur 69 membres, seulement 3 représentants des syndicats d’artistes et de designers et organisations professionnelles du secteur et aucun des salariés des établissements d’enseignement artistique

L’ANDEA informe que le 4 mai 2017, le décret n° 2017-778 a institué une nouvelle instance consultative, le Conseil National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Artistiques et Culturels (CNESERAC) dans le cadre de la Loi sur la Liberté de création, l’architecture et le patrimoine.

5 professeurs et 2 étudiants (et autant de suppléants) représenteront les écoles supérieures d’art et design au CNESERAC. Ils doivent être issus des Conseils d’Administration et Conseils Pédagogiques des écoles.

(…)

C’est le Secrétariat général du ministère qui contactera les établissements pour organiser les élections. 

(…)

. Le CNESERAC est présidé par le ministre de la Culture. Il est composé de 69 membres ayant le droit de vote. Pour chacun de ces membres, à l’exception des 6 personnalités qualifiées, un suppléant est prévu.

MEMBRES NOMMÉS PAR LE MINISTRE (15)
7 directeurs d’écoles (ventilation indéterminée par le décret : 2 directeurs d’écoles supérieures d’art et design seront nommés, tout au moins pour le premier mandat)
2 responsables des structures de recherche ou instituts du MC hors écoles
6 personnalités qualifiées dans les domaines culturel, artistique, de l’enseignement, de la recherche, économique ou social (dans le meilleur des cas 1 personnalité du milieu de l’art/design : artiste ou designer ou commissaire ou critique d’art ?)

MEMBRES ÉLUS OU DÉSIGNÉS EN LEUR SEIN (54)
17 professeurs dont 5 des écoles supérieures d’art et design
8 étudiants dont 2 des écoles supérieures d’art et design
8 personnels scientifiques des établissements de recherche du MC : conservateurs, chercheurs, ingénieurs de recherche…
15 représentants des professionnels concernés : probablement 3 représentants des syndicats 
d’artistes et de designers ou organisations professionnelles du secteur
1 député (probablement issu de la commission culture de l’Assemblée nationale)
1 sénateur (probablement issu de la commission culture du Sénat)
1 conseiller municipal (désigné par l’AMF –Association des Maires de France)
1 conseiller régional (désigné par Régions de France)
1 représentant du CNRS
1 représentant du conseil économique, social et environnemental (CESE)

MEMBRES NON VOTANTS (8)
1 représentant désigné par le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (CNESER) ;
1 représentant désigné par le ministre chargé de l’enseignement supérieur ;
1 représentant désigné par le ministre chargé de la recherche ;
1 représentant désigné par le ministre chargé de la jeunesse et des sports ;
1 représentant désigné par le ministre chargé de l’industrie ;
1 représentant désigné par le ministre chargé des collectivités territoriales ;
1 représentant désigné par le président du centre d’études et de recherches sur les qualifications;
1 directeur régional des affaires culturelles, désigné par le ministre chargé de la culture.

Au contraire du CNESER où les personnels sont largement majoritaires, il seront largement minoritaires au CNESERAC.

Au contraire du CNESER où les syndicats des personnels et des enseignants présentent des listes par syndicats ou organisations, au CNESERAC, les représentants des personnels et des étudiants des écoles d’art, en nombre trop faible (respectivement 5 et 2), seront seuls.

Projet de stratégie de Recherche du Ministère de la Culture

Le Ministère de la Culture présente au CNESER, le 16 octobre, son projet de stratégie de recherche. Vous le trouverez dans son intégralité ici :

StratégieRechercheMiC-2017-2020-versionEN LIGNE 1-07-06-2017

ou ici :

http://www.culturecommunication.gouv.fr/Thematiques/Enseignement-superieur-et-Recherche/La-recherche/Strategie-de-recherche-2017-2020-du-ministere-de-la-Culture

En voici la page de présentation, pour l’exemple, suivie de notre analyse, visée par l’Intersyndicale, qui sera donc communiqué par les représentants de la FERC-sup.

StratégieRechercheMiC-2017-2020-versionEN LIGNE 1-07-06-2017 C

Commentaires :

Dans ce document présentant la stratégie du Ministère en terme de recherche, celle-ci n’est posée qu’en termes de facteurs d’innovation, d’investissement, de retombées économiques ou de développement territorial. Derrière l’usage d’un vocabulaire asséné comme s’il allait de soi et à travers lequel on assiste en réalité à un dévoiement des ambitions d’une recherche digne de ce nom, les questions s’accumulent :

Qu’est-ce que « l’innovation » dans un tel contexte idéologique ?
Quels sont les défis posés par la globalisation ?
À quoi renvoient les sciences du numérique ?
Qu’est-ce que les sciences participatives ?
Qu’est-ce que les recherches culturelles ?
Que signifie : les métiers de la recherche culturelle ?
Qu’est-ce que la recherche du Ministère ?
Où sont les missions d’enseignement et l’articulation avec la recherche ?

La vision qui est à l’œuvre ici assimile la recherche à « l’innovation » et au « développement ». Ne sont considérés comme prioritaires que les axes de travail qui sont liés à des questions économiques ou à une conception de l’utilité sociale étriquée, en contradiction avec le principe essentiel de la Recherche, qui est de pouvoir choisir librement ce sur quoi on travaille (comment et avec qui).

Les statuts des enseignants des écoles supérieures d’art, auquel le Ministère a clairement refusé celui d’enseignant-chercheur, sont devenus totalement inadaptés à l’injonction de conduire de la Recherche en école d’art. Mais nous constatons que simultanément, ce statut va être accordé aux enseignants des écoles d’architecture.

page 6, sous le titre « Les champs de recherche au Ministère de la Culture » :
« Ces activités de recherche s’intègrent dans une démarche qui lie recherche, création et production, diffusion, action culturelle et éducative. Sont ainsi créées les conditions d’une recherche ouverte sur les territoires, connectée aux politiques éducatives, sociales, socio-culturelles et économiques, ainsi qu’à l’enseignement supérieur (au sein notamment des ComUE) et au développement des échanges internationaux, en lien avec les schémas régionaux de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation (SRESRI). Les écoles supérieures d’art et de design accueillent de jeunes chercheurs et s’inscrivent dans des formations doctorales en partenariat avec des universités, tel le doctorat Sciences, Arts, Création, Recherche (SACRe) dans le cadre de la ComUE Paris Sciences et Lettres (PSL). »

Commentaire : Il est donc affirmé que la recherche se fera au sein des Communauté d’Universités et d’Etablissements que les écoles supérieures intègreront donc de fait. Quand on connaît les crises et les difficultés qui ébranlent ces méga-édifices, composés de bric et de broc et où les administrations gonflent au détriment de la pédagogie, où la démocratie se réduit comme peau de chagrin et où les responsables de laboratoires de recherche passent plus de temps à chercher des financements auprès du secteur privé qu’à mener leurs travaux de recherche, quand on sait que les écoles déjà financièrement en difficulté devront cotiser pour entrer dans les ComUE, on est en droit de s’opposer à un tel projet.


Dans les mesures proposées (page 24 à 27) :
MESURE 28 > labelliser des chaires de recherche dans les écoles d’enseignement supérieur sous tutelle du ministère pour développer de nouvelles thématiques et attirer des enseignants-chercheurs ou des chercheurs de haut niveau.
Échéance prévue : mesure nouvelle LF 2017 (pour les ENSA uniquement)

Commentaire : Confirmant une politique lancée avec la réforme des écoles d’art, le Ministère de la Culture concentre ses efforts sur les écoles nationales, abandonnant les écoles territoriales à leur sort. Il semble évident que le Ministère soutiendra l’organisation de la recherche dans les écoles nationales, laissant les écoles territoriales, pourtant largement majoritaires, se débrouiller avec des collectivités inaptes à financer des 3èmes cycles. Les collectivités locales n’ont ni l’expertise, ni les moyens d’exercer une tutelle dont elles ne veulent même pas dans nombre de cas. Le Ministère aggrave sciemment la distinction entre écoles nationales et écoles territoriales, reléguant les secondes au rang inférieur alors qu’elles contribuent de la même façon que les écoles nationales à la formation des artistes, designers et designers graphiques, au maillage territorial de l’enseignement supérieur et de la culture, ainsi qu’à la Recherche qui a été mise en œuvre dans lesdites écoles grâce à un surinvestissement humain qu’il n’est plus question de prolonger sans contre-parties.

Mesure 31 > mieux prendre en compte les activités de recherche des enseignants dans les établissements d’enseignement supérieur Culture et celles des personnels scientifiques et de recherche dans les services centraux ou déconcentrés et les établissements publics du ministère (décharges horaires, évaluation de l’activité de recherche,…). Dans les écoles nationales supérieures d’architecture, la création d’un statut d’enseignant-chercheur est en projet. Ce statut doit être aménagé pour l’ensemble du dispositif national tout en incitant les collectivités territoriales à conduire une réflexion pour les enseignants relevant des écoles sous leur tutelle.
Échéance prévue : 2017-2020

Commentaire : Confirmation : le Ministère ne s’occupe que des établissement nationaux (écoles d’architecture et écoles supérieures d’art) laissant les collectivités locales « mener une réflexion » sur la recherche en écoles territoriales. C’est un abandon affirmé, dissimulé derrière le principe de libre administration des collectivités territoriales mais révélateur du véritable projet ministériel d’un enseignement artistique à deux vitesses : les écoles nationales et quelques rares territoriales dotées de moyens constitueront l’élite, les autres devront se contenter de survivre.

Les enseignants des écoles d’art n’ont pas le statut d’enseignants-chercheurs et le ministère s’oppose officiellement à ce qu’ils l’obtiennent (lettre de Mme Hatchondo aux syndicats au printemps dernier). Comment le même ministère imagine que les personnels enseignants puisse faire de la recherche si ils n’en ont ni les moyens ni les statuts ? Comment le Ministère qui, par le décret du 2 mai dernier, dénie le statut des Professeurs d’Enseignement Artistique en les contraignant de fait à enseigner des les classes préparatoires peut simultanément leur demander de travailler à la Recherche sous le même statut ?

Mesure 32 > encourager les établissements d’enseignement supérieur Culture à se rapprocher, dans une dynamique territoriale, des ComUE ou des autres regroupements d’établissements pour créer des doctorats et autres diplômes de troisième cycle – Diplôme supérieur de recherche en art (DSRA) et Diplôme supérieur de recherche en design (DSRD) – qui allient la recherche à la pratique et à la création, ce qui est facilité par l’arrêté du 25 mai 2016 fixant le cadre national de la formation et les modalités conduisant à la délivrance du diplôme national de doctorat.
Échéance prévue : mesure « ComUE » inscrite au LF 2017


Commentaire : Quand on sait ce que sont les ComUE, le nombre de crises qui les secoue, leur constitution incohérente, la déréglementation qui y a cours, on peut légitimement s’alarmer de ce que deviendront des écoles d’art déjà fragiles au sein d’ensembles constitués de bric et de broc.

lire à ce sujet : https://www.lenouveleconomiste.fr/comue-le-grand-foutoir-parisien-29823/

Mesure 40 > renforcer les moyens budgétaires en mutualisant les sources de financement (ministère la Culture, ANR, PIA, fonds européens, etc.) pour assurer la mise en œuvre de la présente stratégie, et donner une meilleure lisibilité à ces moyens multi-programmes.
Échéance prévue : dès 2017


Commentaire : Les écoles territoriales attendent que le Ministère de la Culture soutienne leur évolution vers des troisièmes cycles. Malheureusement, la mesure 31 suggère que les collectivités territoriales (qui n’en peuvent plus) assument ce rôle. Qui, au sein des écoles va se charger de trouver de nouvelles sources de financements sachant que l’on en est à réduire le nombre de postes d’enseignants ? Faut-il augmenter encore les effectifs d’administrations devenant chaque jour plus lourdes ? Les financements de l’Etat se réduisant partout, on ne peut pas espérer beaucoup des sources de financement suggérées.

ESAD Orléans, une rentrée compliquée

Position de l’ensemble des syndicats au sujet de l’ouverture d’une classe préparatoire à l’ESAD d’Orléans :

 

inter Orléans 1Inter Esad Orélans 2

Compte-rendu syndical du Comité technique :

 

École Supérieure d’Art et de Design (ESAD)

  • Modalités d’ouverture d’une classe préparatoire (vote)

Il s’agit d’une classe préparatoire généraliste pour bacheliers souhaitant travailler dans les domaines artistiques. Les étudiants auront une préparation généraliste et seront orientés vers les différents métiers et préparés aux concours d’entrée dans les écoles et formations (architecture, design, BTS…).

Les élèves auront le statut étudiant avec accès au CROUS, car l’ESAD a le statut d’établissement de l’enseignement supérieur. Les bourses ne seront accessibles qu’après la validation de la première année d’enseignement.

L’ouverture se ferait avec une vingtaine d’étudiants (15 demandes actuellement) et la première année sera progressivement portée à une cinquantaine.

Intervention de BRUNO, au nom des 4 syndicats :

Malgré tout l’intérêt que représente l’ouverture d’une classe de préparatoire à l’ESAD, les organisations syndicales voteront contre cette « proposition ».

En effet, les syndicats tiennent à vous faire part de leur désapprobation quant à l’élargissement des activités de l’ESAD dans les conditions actuelles.

À de nombreuses reprises, la sonnette d’alarme a été tirée concernant les relations et le management à l’ESAD. Au sein des instances paritaires, cette gestion des personnels a été maintes fois décriée et signalée avec demandes d’intervention.

Combien faudra-t-il de remarques, plaintes, témoignages et déplacements d’agents aux syndicats, aux Ressources Humaines, au cabinet médical pour que le problème d’encadrement des personnels et des enseignants de cet établissement soit pris en compte ?

Les syndicats ont demandé une enquête CHSCT. Une enquête administrative a été validée (mais pas encore mise en œuvre)… Ce n’est pas la même chose. Si la volonté est affichée, la portée en est différente et ne se déroule pas de façon identique.

Rien n’évolue alors que les relations humaines et le cabinet médical ont déjà été saisis à plusieurs reprises pour faire évoluer cette situation. Rien n’est visible ou palpable sur le terrain depuis, et ce malgré la validation de cette enquête.

C’est pourquoi les syndicats voteront contre le projet présenté ce jour et ceux à venir concernant l’ESAD si l’enquête administrative n’est pas modifiée en véritable enquête CHS-CT, avec pour objectif de résoudre définitivement ce problème de management.

Il serait peut-être aussi nécessaire de revoir le règlement intérieur de l’école.

A cette déclaration, nos deux syndicats ont également d’autres remarques à ajouter :

– La question des locaux et de leur entretien n’est pas claire. La succession de phases transitoires interroge. Pour cette année les cours se feraient dans des locaux qui étaient déjà mis à disposition de l’ESAD auparavant, avec un surcroît de travail pour l’équipe d’entretien. Ce qui risque d’être encore plus vrai lorsque l’école disposera d’une véritable annexe. Il se dit également que des locaux du Lab’O seraient mis à disposition de l’ESAD, pour lesquels l’entretien n’apparaît pas non plus.
Toujours concernant le Lab’O, il serait question d’un transfert de certaines classes sur ce site annoncé sans concertation au préalable à l’équipe pédagogique… Une fois de plus.

– Lors de la préparation du CT, il a été dit que l’ESAD serait rattaché à la Métropole. Les personnels ne sont pas informés du tout de ce projet.

-Le recrutement du responsable pédagogique pour la classe prépa a pris du retard suite au désistement du premier lauréat. La nouvelle personne recrutée en urgence arriverait début septembre et ne serait pas formée. Le travail administratif de rentrée (3e commission d’admission notamment) risque donc de fait d’être reporté sur d’autres personnels (secrétaires pédagogiques ?)

– Les étudiants auront-ils un véritable statut d’étudiant avec accès au CROUS, aux restaurants et logements universitaires, la sécurité sociale étudiante ? Sachant qu’ils n’auraient éventuellement accès aux bourses qu’après validation au bout d’un an de la classe de prépa.

– Madame SAUVEGRAIN (1ère adjointe au maire d’Orléans et présidente du Conseil d’administration de l’ESAD) avait déclaré que la classe ouvrirait sous conditions d’avoir trouvé le financement extérieur. A part le poste de responsable pédagogique, il s’agit surtout d’un redéploiement de personnel. Quels nouveaux financements sont apportés ?

En complément de ces remarques, il reste pour les syndicats le problème de statut des responsables d’ateliers qui pourrait s’apparenter à celui de technicien territorial de cat B.
Ils sont actuellement en CDD et pourraient être potentiellement CDI-sés.
S’il est bien mentionné sur leurs fiches de paie qu’ils sont responsables d’ateliers, cela ne correspond à aucun grade existant dans la fonction publique. Ce qui fait que ces agents ne peuvent pas bénéficier de la rémunération et de l’avancement auxquels ils pourraient prétendre. Les syndicats CFDT et CGT demandent que leur soit attribué un grade correspondant à leur fonction et une réalité statutaire dans la fonction publique.

La directrice de l’ESAD répond que les élèves de la classe préparatoire auront bien le statut d’étudiant car l’IAV a le statut d’enseignement supérieur, mais les étudiants ne pourront pas prétendre aux bourses avant que la validation de l’enseignement se fasse après un an de fonctionnement.

Les locaux posent un vrai problème de place et le Lab’O avait mis à disposition de l’ESAD un local de 86 m² l’année passée. Cette année, le Lab’O a proposé fin juin une surface de 186 m².

Les 3 responsables d’atelier qui ne sont pas en CDI ne peuvent pas être titularisés. Ces situations sont complexes, ils ne sont pas à plein temps et ne souhaitent pas l’être car ils ont des travaux personnels qui leur tiennent à coeur.

Madame SAUVEGRAIN indique que le management « est compliqué à l’ESAD » mais qu’une réunion de travail a eu lieu en juin dernier avec la directrice des Relations Humaines et que la situation devrait s’améliorer. La Directrice de l’ESAD précise qu’un gros travail avait été fait à l’ESAD pour les validations et que maintenant elle aurait plus de temps à consacrer à l’équipe pour un travail en commun. Une réunion est justement prévue après celle-ci et que « c’est avec l’équipe que cela va se passer ».

Madame SAUVEGRAIN propose des réunions avec la Directrice de l’ESAD, les syndicats, les Relations Humaines… Une présentation des études et débouchés de l’ESAD… La Directrice affirme être dans la concertation, toujours prête à discuter.

Bruno SAGHAAR demande des réponses en ce qui concerne l’enquête du CHSCT et le passage de l’ESAD en Métropole.

Madame SAUVEGRAIN répond qu’elle se renseignera sur la différence entre une enquête CHS CT et une enquête administrative et les syndicats auront une réponse écrite. Elle ajoute que l’ESAD sera bien transférée à la Métrople, le comment et le quand restent à définir.

Vote contre : unanimité

  • Actualisation du tableau des effectifs (vote)

L’effectif passerait de 51 à 52 agents, (création du poste de référent pédagogique) sans compter les 2 personnes en service civique qui seraient recrutées pour 8 mois. Une prestation de 107,58 € leur serait versée mensuellement par l’ESAD.

Comme annoncé, les 4 syndicats votent contre ce dossier, sans se prononcer sur le fond. Madame SAUVEGRAIN se dit surprise du vote car c’est bien la première fois que les syndicats se prononcent contre une création de poste.

Karen lui répond que c’est une position de principe, comme annoncé dans la déclaration précédente. Qu’il y a eu maintes alertes et que nous nous ne savons plus comment faire pour remédier à cette situation.

Vote contre : unanimité

PPCR (suite)

Les grilles, avec les chiffres… Même constat : minuscule revalorisation par étapes, ralentissement des carrières et hausse des cotisations retraites et un gel de la valeur du point d’indice (source Collectif Culture Fédération des Services Publics).

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grille PEA PPCR